Moins de Bono, moins de Moyo

Dans sa dernière chronique, une revue élogieuse du livre de Dambisa Moyo, dead aid, P.YA. Delhommais nous montre qu’encore une fois, il n’a pas fait ses devoirs. Un effort minimal lui aurait permis d’apprendre que le débat sur l’aide au développement ne se limite pas à quelques vedettes et initiatives médiatiques; que la question des effets de l’aide a été abondamment discutée; qu’il ressort de ce débat qu’aujourd’hui, la vraie question n’est pas de savoir si l’aide est bonne ou pas, mais d’identifier et de mettre en oeuvre des mécanismes permettant de rendre l’aide efficace. Un effort minimal lui aurait aussi permis d’observer l’incohérence et la légéreté des arguments de D. Moyo. Ce n’est pas comme s’il était difficile de trouver des revues de ce livre.

Mais cet effort aurait ruiné une belle histoire : celle de la courageuse self-made woman africaine qui lutte pour crier sa vérité : l’aide ne marche pas, les dirigeants africains sont corrompus, si les pays pauvres sont pauvres, c’est parce que nous les nourrissons à la petite cuiller au lieu de les laisser se débrouiller comme des grands. Un argument séduisant par bien des aspects, puisqu’il nous permet à la fois de préserver nos préjugés et notre nombrilisme occidental culpabilisé.

Pour avoir une vue nuancée et informée sur le développement, il faudra donc, comme sur d’autres sujets, se référer plutôt à la blogosphère. W. Easterly, Owen Barder, Chris Blattman, sont de bons points de départ.

Pour éviter les jérémiades dans quelques années

Libération signale une étude sur la copie illégale de livres (je ne sais pas si l’article de Libé est payant, je suis récent abonné et ne distingue pas encore les gratuits des autres). En gros, elle dit quoi ? Qu’il y a peu de livres piratés à ce jour, pour des raisons essentiellement techniques (c’est long à scanner). Qu’on ne peut exclure que le phénomène prenne de l’ampleur. Que les oeuvres copiées ne sont pas diffusées en ebook dans un catalogue légal. Le livre et la musique sont différents techniquement et culturellement. Mais l’édition a intérêt à devancer le P2P si elle veut éviter la situation ubuesque de la production musicale. La sortie très commentée du Kindle d’Amazon hors des Etats-Unis n’est-elle pas un premier signe que les choses bougent ? L’enjeu est d’en faire un vecteur d’achat de livres, pas un outil de copie illégale. Rendre l’achat au moins aussi séduisant que la copie (pas seulement en vendant moins cher, d’ailleurs, même si cela semble un argument important pour beaucoup de titres). A noter aussi l’intérêt pour les journaux (article de février dernier).

Pas mal, mais…

Article dans Slate qui tente d’expliquer pourquoi les logiciels libres ne concurrencent pas plus brutalement les commerciaux. Dans le cas MS Office vs OpenOffice.org, l’auteur explique grosso modo que c’est parce que Open Office est un clone de MS Office et reste donc juste « pas mal ». Il me semble qu’il oublie au passage la question de la dépendance au sentier dans l’usage et des coûts du changement pour les usagers. Après des lustres de domination de MS Office, nous sommes presque tous conditionnés plus ou moins par l’environnement du pack Office. Passer à un autre environnement est extrêmement coûteux, en temps de formation notamment (d’ailleurs, Office 2007 souffre un peu de ce problème, certaines interfaces ayant été substantiellement modifiées). Il semble alors judicieux de copier le leader pour s’imposer, avant d’envisager innover radicalement. J’imagine que cela peut prendre un certain temps, voire ne jamais arriver. Autre argument mobilisable : tout le monde ne s’intéresse pas de près à la qualité des logiciels libres, aussi gratuits soient-ils. De sorte qu’il existe encore de nombreuses personnes pour considérer sans jamais avoir testé l’alternative, et quoi qu’on puisse en penser objectivement, que MS Office est nettement meilleur que Open Office (mon point de vue est qu’en matière de traitement de texte ou de tableur, pour l’essentiel des utilisateurs, Open Office est une excellente solution. C’est d’ailleurs celle que j’ai adoptée depuis deux ans maintenant, même si je dois encore utiliser MS Office pour enseigner son usage dans certains cours). Passer au maximum pour un clone semble là encore la meilleure option pour entrer dans la bergerie.

Au total, si l’article contient des choses intéressantes, je pense qu’il passe tout de même à côté de ces deux points qui, sans que j’en aie la certitude (il faudrait l’avis des développeurs d’Open Office), s’ajoutent à l’argument massue de la gratuité (auquel j’ajouterais encore la pérennité du projet OpenOffice.org).

Pour l’expérimentation

Francis Kramarz, sur le blog des échonoclastes, défend l’expérience menée dans les lycées professionnels de l’académie de Créteil. Lorsque j’en ai parlé (ici), j’ignorais que se cachait derrière une équipe de PSE. Se cacher n’est pas le mot, du reste. Il s’agit simplement de mettre en place une évaluation du dispositif qui, une fois n’est pas coutume, présentera le sérieux requis (Behaghel, Gurgand et Maurin sont les représentants de PSE). Si cela ne me conduit pas à revenir sur le contenu de mon billet, je suis définitivement convaincu de l’intérêt de cette expérience. Le billet de Kramarz est intéressant.

EDIT : J’ai oublié de citer le billet de Laurent Denant-Boemont. Très bien. De façon générale, que les blogueurs et autres producteurs de textes ne m’en veuillent pas trop en ce moment d’en oublier certains, j’ai une gestion de mes lectures un peu erratique.

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Shorter Juppé, Norlain, Richard, Rocard

Le désarmement nucléaire, c’est bien. Nous, en France, on a juste ce qu’il faut d’armes nucléaires, donc ce sont les autres qui doivent réduire leurs stocks en premier.

Difficile de mieux illustrer le dilemme du prisonnier des négociations de désarmement. Il y en a qui devraient lire Schelling. Après tout, ils n’ont que 40 ans de retard.

On nous refait le coup de Sen et de Tobin

A lire les réactions médiatiques et les commentaires des lecteurs, Williamson et Ostrom seraient les nouveaux hérauts d’un discours anti-marché. Lecteurs, je vous en supplie, lisez attentivement le texte d’Alexandre. Retenez qu’Ostrom fait du Public Choice et que Williamson est le fils spirituel de Ronald Coase. En aucune manière ils ne condamnent l’économie de marché, ils expliquent simplement pourquoi des formes d’arrangements, de contrats si vous préférez, sont parfois préférables à une relation organisée sur un marché. Ce qui signifie entre autres que les formes de relations telles que la sous-traitance sont considérées comme potentiellement bonnes, que les transactions sur un marché sont régulièrement ce qu’il y a de mieux et qu’une multinationale fait du Williamson à foison, avec ses félicitations. Le tout dans un monde peuplé d’individus rationnels et individualistes. Non, avec Williamson et Ostrom, on ne va pas ressusciter l’Union Soviétique ou les phalanstères ! Quoique, théoriquement, avec les bons paramètres, c’est jouable…

EDIT : j’en profite pour signaler aux lecteurs que s’ils veulent une bonne introduction aux thèses de Williamson, remises dans un contexte plus large, ils peuvent lire avec intérêt le livre d’Olivier Bouba-Olga, L’économie de l’entreprise, toujours aussi recommandable (le livre et Olivier :-) ).

Mise à jour – 13/10/2009

nouvelle écologie politique

Une nouvelle note de lecture. La nouvelle écologie politique de Eloi Laurent et Jean-Paul Fitoussi. D’autres notes de lecture à venir très bientôt. Et puis, il va être temps de se demander quelles festivités organiser pour les dix ans d’éconoclaste (fin décembre). Ce sera probablement une simple animation en ligne.

Ostrom et Williamson, prix Nobel d’économie 2009

Le prix Nobel d’économie 2009 fera date, pour plusieurs raisons. Premièrement, parce qu’il revient à une femme, pour la première fois en plus de quarante ans. Mais aussi, parce qu’il récompense pour la première fois l’économie institutionnaliste, un champ de recherche longtemps négligé, mais qui a pris progressivement une part de plus en plus importante en économie; cette consécration entérine cet état de fait et constitue un encouragement à progresser dans ce domaine.

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La pensée du soir

Elle est ici :

When future generations ask the economics profession ‘What were you doing while the great bubble built up ahead of the Second Great Depression?’, and we have to reply ‘Lots and lots of quirky little working papers about sumo wrestling and speed-dating’, it is going to be really, really, fucking embarrassing.

Est-ce que demain rendra l’atmosphère moins morose? peut-être. En tout cas, Superfreakonomics sera dans ma boîte aux lettres; l’envie de me ruer dessus, pas vraiment.

La chanson des gens qui sont préoccupés – And it’s a dirty job but someone’s gotta do it

Paroles
Faith No More
Introduce Yourself (1987)
We Care A Lot
We care a lot about disasters, fires, floods and killer bees
We care a lot about the NASA shuttle falling in the sea
We care a lot about starvation and the food that Live Aid bought
We care a lot about disease, baby Rock, Hudson, rock, yeah!
We care a lot about the gamblers and the pushers and the geeks
We care a lot about the crack and smack and whack that hits the street
We care a lot about the welfare of all the boys and girls
We care a lot about you people cause we’re out to save the world
YEAH!
And it’s a dirty job but someone’s gotta do it
We care a lot about the army navy air force and marines
We care a lot about the SF, NY and LAPD
We care a lot about you people, about your guns about the wars you’re fighting gee that looks like fun
We care a lot about the Garbage Pail Kids, they never lie
We care a lot about Transformers cause there’s more than meets the eye
We care a lot about the little things, the bigger things we top
We care a lot about you people yeah you bet we care a lot, YEAH!
Well, its a dirty job but someone’s gotta do it
And it’s a dirty song but someone’s gotta sing it

Message de service personnel

A l’attention de Zenblabla : aucun de tes commentaires ne passera plus sur ce blog. C’est notre côté écolo.

Edit 1 (9/10/09 – 22h24) : Alors, puisqu’on y est, vous voulez savoir ce qu’on pense de la polémique sur Frédéric Mitterrrand ?
EDit 2 (9/10/09 – 23h20) : Alors, puisqu’on y est, vous voulez savoir ce qu’on pense du Prix Nobel de la Paix attribué à Obama ?

Maurin vs Chauvel

C’est dans le Monde daté d’aujourd’hui, dans un dossier autour du dernier livre d’Eric Maurin sur la question du déclassement. Voici l’entretien avec Maurin. Voici l’entretien avec Chauvel. Les deux disent des choses intéressantes; le point de vue de Maurin me semble plus convaincant. Ce n’est pas la première fois que je préfère Maurin à Chauvel.