Madame Lagarde est un parasite

C’est elle même qui le dit, au JT de France 2. Interrogée sur le bouclier fiscal et sa possible remise en cause, elle défend le dispositif en affirmant qu’il est normal que les Français ne travaillent pas pour l’État dans une année plus que jusqu’à fin juin.

Cette antienne suppose que les impôts prélevés sont inutiles pour le contribuable. Vous allez me dire, quand on travaille pour quelqu’un, on en tire un salaire. Et on est libre, en principe de travailler pour qui l’on veut. Mais est-ce bien cela que notre ministre signifie ? Non, bien sûr.

Ce qui est cocasse dans cette histoire, c’est que dans les impôts, il y a les indemnités de ministre de Christine Lagarde. En somme, elle nous explique qu’elle est un authentique parasite pour le contribuable. Pourquoi la contrarier ?

Sans vouloir tirer sur l’ambulance…

Didier Lombard peut-il rester à la tête de France Telecom ? Ce ne sont pas les méthodes de gestion de FT qui me font poser la question. Ce sont les capacités visiblement limitées du PDG en matière de communication (au sens noble du terme). C’est ennuyeux en ce moment. D’accord, c’est probablement un bon spécialiste des réseaux (je l’imagine en tout cas). Mais est-ce l’homme de la situation actuelle ? Question ouverte. J’ai tort, à votre avis ?

Suicides en série

En janvier dernier, un homme s’est suicidé sur mon lieu de travail. Comme je ne travaille pas chez France Telecom, cela n’a pas été extrêmement médiatisé. Lorsqu’on est témoin, directement ou indirectement, d’un tel acte, on passe par plusieurs états d’esprit. L’effroi. L’incompréhension. Puis le temps fait son effet, on pense à autre chose, cela revient, repart.

(Lire la suite…)

zeitgeist

Journal de france 2, samedi 19, 20h17 : reportage « se reconvertir après la chute de Lehmann Brothers ». Reportage édifiant montrant trois anciens salariés de banques (tous qualifiés de « trader » bien évidemment) qui aujourd’hui vendent des pizzas, ont ouvert une boutique de lingerie, ou autre. Leitmotiv du reportage, répété plusieurs fois, y compris en conclusion : « ils ont renoncé à l’argent facile, et trouvé un sens à leur vie ».

Reportage suivant : « 100 millions d’euros gagnés à l’euromillion en France ».

Priceless.

Retourner se coucher

Une option qui me titille, après avoir écouté la chronique éco d’Emmanuel Kessler sur France Info. Jugez plutôt :
- Les restaurateurs sont heureux.
- La quatrième licence de téléphonie mobile quasi enterrée.
C’est bien d’avoir des amis hauts placés sur des talonnettes.

EDIT : Et maintenant, Barroso qui se prononce, très spontanément, pour une taxe Tobin… En plus, il pleut.

Bon anniversaire…

A la chute de Lehman brothers, à celle d’AIG, dûment célébrées par des numéros spéciaux dans la presse du jour. Et bon anniversaire à l’éditorial économique le plus stupide de tous les temps – voir Barry Ritholz. Un tel concentré d’incompréhension, de prévisions à côté de la plaque, est proprement inédit.

L’avantage, c’est qu’on sait maintenant pourquoi il faut interdire le flash trading; le fait que Luskin pense qu’il ne faut pas l’interdire constitue une raison suffisante pour le faire.

Norman Borlaug est mort

A 95 ans, ce qui fait une vie bien remplie. Celui qui a été surnommé (contre son gré) le « père de la révolution verte », était avant tout un chercheur, qui a consacré sa vie à trouver des moyens de sortir l’humanité de l’un des pires fléaux – la faim. Inventeur de semences permettant d’accroître considérablement les rendements agricoles, il a travaillé à leur mise en place en Inde, au Mexique, transformant ces pays, autrefois chroniquement touchés par les pénuries alimentaires, en pays autosuffisants et exportateurs. S’il fallait désigner le prix Nobel de la Paix le plus mérité de l’histoire, Borlaug, qui a sauvé plus d’humains que n’importe qui d’autre, l’emporterait haut la main. Il a eu ses détracteurs, mais les faits parlent pour lui; ce soir, un humain sur deux est allé se coucher avec dans l’estomac, un repas comprenant des céréales inventées par Norman Borlaug.

Quelques liens recommandés :

Sa conférence Nobel en 1970

Une interview dans Reason

Une excellente nécrologie dans le New York Times

Article du Financial Times

Necrologie dans Libération, et dans le Monde. Surtout, abstenez-vous de lire les commentaires de ces derniers articles, pathétique spectacle de nombrilistes stupides. Il y a des jours où l’on souhaiterait croire à l’enfer pour que ces gens aillent y rôtir.

Comment vendre plus de livres que nous

Il suffit d’écrire ça, j’imagine.
Non, je ne le lirai pas. Oui, je le juge quand même, car tout est dans le résumé. De l’antiéconomie qui n’avance même pas masquée. Des textes publiés ici (best of et complément) pour me justifier.

Heureusement qu’il y a encore des gens qui aiment l’économie. Je poste le lien parce que c’est réjouissant de voir que des lecteurs, y compris un an après, ont si bien reçu le message que nous voulions faire passer.

Quand les désordres du travail deviennent mort des travailleurs

Ce billet est dans les cartons depuis la fin du mis de juillet. Je l’avais laissé quasiment en l’état, souhaitant l’approfondir. Comme je n’ai pas trouvé le temps de le faire et que l’actualité est tristement revenue sur le thème qu’il abordait, je le publie en l’état, avec quelques rajouts et actualisations.
(Lire la suite…)

La taxe carbone : trop élevée, pas assez élevée?

C’est la question qui m’a été posée, ainsi qu’à Belgo d’Optimum. Le résultat peut être lu ici. N’hésitez pas à aller lire les deux billets consacrés à ce sujet sur Optimum (sur le principe de la taxe carbone, sur son montant).

(Lire la suite…)

Mon conseil à une jeune fille en classe prépa

Alors comme ça, les filles, on s’effondre quand il y a de la compétition (nan, Emmeline, pas sur la tête, ça fait mal) ? C’est pas moi qui le dis, ce sont des chercheurs d’HEC, dont Eloïc Peyrache, que j’ai un peu connu, étant son aîné à Cachan (ouai, ok, j’étais l’aîné et maintenant c’est le boss chez les épiciers – m’étonne pas, un gars de qualité).

Rien de technique à rajouter à ce qu’on dit sur le sujet. Juste un détail : on n’est pas obligé de se sentir en concurrence pour réussir un concours. Il suffit simplement d’aimer ce que l’on fait et de vouloir être bon. « Bon », ça ne veut pas dire « meilleur ». J’ai passé deux concours. Je les ai eu du premier coup, sans être un génie et sans vouloir tuer mon voisin. Simplement, à chaque fois que je passais une épreuve, je voulais essayer de faire quelque chose de bien. J’ai toujours pensé que cela suffirait pour réussir. Bien sûr, je n’ai jamais été major ou même dans les premières places. Mais toujours au dessus de la barre, voire confortablement au dessus (mais l’étude porte sur les admissions, pas sur les classements – agissons progressivement). Du coup, je n’ai pas le souvenir de souffrances mentales à l’approche des épreuves et je ne me souviens pas d’avoir perdu mes moyens une seule fois (bon, après, on a les moyens qu’on peut des fois…). Une excitation, un stress positif, que j’ai ressenti aussi lors des examens qui me tenaient à coeur.

Jeunes filles, la voie du succès, c’est d’abord la voie du plaisir. Joli slogan, non ?

Sur la taxe carbone

A lire, la tribune de Gollier et Tirole. A retenir :
- l’absence d’exemption requise
- la possibilité de redistribution forfaitaire
- l’insuffisance notoire des 14 euros par tonne de CO2
- l’incohérence potentielle avec le marché européen de droit à polluer (ETS)

Mais c’est bien trop court. En particulier, pour un texte à destination du grand public, il manque ce soupçon de compassion pour tous ceux qui apprennent aujourd’hui que pour sauver l’environnement dans 50 ans, ils vont prendre plus ou moins fort tout de suite. Pprobablement pour rien, puisque not’Président adoré aura vite fait d’aménager le système pour tous les habitués de son guichet. Restera une minorité amère, qui tentera de se présenter au guichet à la prochaine réforme. Quandt à l’environnement…

Bref, même si elle est suggérée dans l’article, l’idée que la taxe doit croître au cours du temps pour être politiquement acceptable (et effectivement monter haut dans un horizon lointain) ne me semble pas assez soulignée.

La phrase qui buzze

En farfouillant, sur le site du Monde, je trouve un très court article sur la grippe. On y lit :

« Le H1N1, qui a fait près de deux mille deux cents morts dans cent soixante-dix-sept pays, est devenu le virus de grippe dominant dans le monde, supplantant désormais la grippe saisonnière, a annoncé vendredi 28 août l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans une note. »

C’est embêtant ?

Discrimination tarifaire in everything

Je ne vous souhaite pas d’avoir un défunt dans la famille, mais sachez que récemment, l’offre des compagnies de pompes funèbres s’est enrichie d’un nouveau produit. Il y avait autrefois le cercueil en pin, d’un prix modéré, mais peu esthétique; le cercueil en chêne, plus classe, et aussi plus cher que le précédent; la gamme comprend désormais le cercueil en chêne bio qui pour ce que l’on m’a indiqué, coûte 30% de plus que le cercueil en chêne classique.

Sur le moment, l’idée m’a semblé du plus haut comique (mon côté macabre). Pour qu’un chêne puisse être débité en planches de cercueil, il lui faut au bas mot 100 ans de croissance; aller vérifier que les méthodes de culture d’il y a 100 ans vérifient les canons de l’agriculture biologique semble donc un tantinet farfelu. En fait, le chêne en question provient « à 80% de forêts durablement gérées » si l’on en croit l’article indiqué ci-dessus. Les vivants soucieux d’écologie peuvent donc enterrer leurs défunts en accord avec leurs convictions.

Ou pas. Car il est probable que la société de pompes funèbres vous proposera, en sus du cercueil en chêne bio, une conservation du défunt, une thanatopraxie. Les familles qui renoncent à ce traitement sont rares, surtout lorsqu’on leur fait remarquer que sans cela, Grand-Mère aura une bien vilaine allure devant les enfants lors de son dernier voyage… Le traitement du corps en question consiste, en pratique, à remplacer tout le sang du corps du défunt par une dizaine de litres de formaldéhyde, qui se retrouveront dans la terre avec le de cujus. Je me demande combien de cercueils bio contiennent en même temps des litres de formaldéhyde, et je trouve que la créativité en matière de discrimination tarifaire est décidément sans limites.

Deux choses rapides

Owen Barder critique les partisans d’une taxe Tobin pour financer l’aide au développement, comme A. Persaud que nous avions mis en lien hier. Ses objections sont très valables.

Y avait-il du contenu dans le discours de clôture des universités d’été du PS? Il existe une façon très simple de le savoir : le bullshit test. Vous en trouverez l’explication dans cet article avec une application au G20, et William Easterly s’en sert pour évaluer les déclarations de l’industrie du développement. Le bullshit test comprend notamment le « not test », le « new test », le « credibility test » et le « was it worth it test ».

En pratique, le « not test » est le plus facile à faire, et on peut le plus souvent s’en contenter; il consiste à prendre les phrases du propos étudié, et d’y remplacer l’affirmative par la négative. Si le résultat a un sens, et pourrait être énoncé par une personne sensée, alors, la phrase a du contenu; sinon, ce n’est que du verbiage énonçant des évidences (du bullshit). Par exemple, la phrase « nous appliquerons des moyens appropriés pour lutter contre la crise financière » est du bullshit : qui déclarerait son intention d’appliquer des moyens inappropriés? Dans le discours de clôture du PS, le premier paragraphe devient irrésistiblement drôle lorsqu’on y applique ce test (cela commence par « nous avons voulu que cette université d’été soit inutile pour la France et les français »; je vous laisse faire la suite).

Ce test de la négation permet de savoir si l’auteur du discours étudié fait de la politique ou du baratin. Faire de la politique, c’est faire des choix, trancher dans l’indécidable, être en faveur d’une chose sachant que les idées opposées ont un sens; si ce n’est pas le cas, autant remplacer tout de suite les élections par un concours de désignation des bureaucrates les plus compétents. Le jour où les socialistes seront capables de formuler un discours authentiquement politique, comprenant des choix, on pourra dire qu’ils constituent une opposition crédible. On n’en est pas là.