L’intelligence au pouvoir

Le ministre de la relance a des ambitions élevées. Jugez plutôt : Le plan de relance de 26 milliards d’euros doit permettre de créer 150 000 emplois en 2009 et avoir 100 milliards d’impact économique en deux ans. Quand l’État engage un euro, il veut entraîner trois euros, si l’on croit les propos du ministre. On passera charitablement sur le fait que 26 est désormais un tiers de 100 (les fractions, c’est compliqué) pour se demander quelle arithmétique permettrait de satisfaire des ambitions pareilles.

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Ma trombine partout

Dans le Libération d’aujourd’hui, une petite interview, qui reprend des éléments du dernier post.

Demain matin, à 6h49, je passe sur France Inter dans la chronique « l’économie autrement » présentée par Alexandra Bensaid. Au programme, comment faire ses cadeaux de Noel et comment devenir riche (du moins, c’est ce dont on a parlé dans l’interview).

Crise : où est le plan B?

Intéressante tribune de P. Martin dans Libération sur le plan de relance français. Il y montre que le plan relève pour l’essentiel de mesures d’affichage, et de dépenses anticipées qui n’ont que peu de chances d’avoir un quelconque effet sur la conjoncture, parce qu’elles interviendront tard. Dans le fond, le gouvernement français agit comme si la récession à venir allait être de courte durée et de faible impact, et en profite pour se faire plaisir à grands coups d’aides ciblées et inefficaces. Cette attitude se retrouve en Allemagne, notamment dans les discours de Steinbrück.

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Chiffres en folie

A propos du plan français pour l’industrie automobile, dans le Figaro (faute d’orthographe incluse) :

le gouvernement ne laissera pas tomber les constructeurs et sous traitants français, sachant que 770.000 emplois directs ou indirects son concernés, soit 10% de la population active française.

Ha ouais. 770 000 emplois représentent donc 10% de la population active. La population active française est de 28 millions de personnes. Ya pas comme un problème, là?

La confusion vient probablement de ce que ce chiffre de 10% de la population française dépendant de l’automobile ne cesse d’être entendu. Sauf que ce chiffre est complètement bidon, incluant salariés de l’automobile, sous-traitants, mais aussi pompistes, garagistes, moniteurs d’auto-école, agents chargés de mettre des PVs de stationnement, entre autres.

Si seulement c’était un cas isolé. Mais Emmeline a relevé un cas similaire récemment dans le Monde. On s’étonne que les gens n’achètent plus de journaux, mais pourquoi payer pour des articles dont les auteurs sont incapables de faire des calculs qu’on apprend au CM2, et se contentent de répéter sans les vérifier les bidonnages de lobbys industriels?

J’ai pas tout compris

Dans l’affaire Madoff, ont été escroqués des professionnels chevronnés travaillant dans de grandes institutions financières, ou des gens riches dont on peut supposer qu’ils ont les moyens de se payer les services d’experts; Les autorités de régulation ont mené pas moins de 4 enquêtes sur cette société, sans rien voir. Alors que l’arnaque en cours était d’une remarquable banalité, puisqu’il s’agissait d’une chaîne de Ponzi.

La conclusion qu’il faut en tirer? Il faut accroître le pouvoir des régulateurs. J’ai loupé quelque chose, là?

EDIT : Chris Dillow se marre et cite LEX : Quand des épargnants crédules se font avoir par les arnaques nigérianes, personne ne recommande de fermer les fournisseurs de service internet »

Deux lectures distrayantes du jour

Comment devenir un dictateur africain. Extraits :

Rule 3. Make America or China happy. Make Israel and Saudi Arabia very happy. Become a Muslim, like Idi Amin. Visit Moammar Gadaffi often. He likes African leaders. We do not know why. Pray with George Bush and let him see your soul. Make your country’s leading supermodel the ambassador to France and Italy. Ask her to wear a mini when presenting her papers to Nicholas Sarkozy.

Rule 7. Make sure you become the tribal leader too (Jomo Kenyatta, Moi, Jacob Zuma). Even if you do not speak the language (Jerry Rawlings). Meet all the important people in your tribe every month and emphasise strongly how the other tribes are going to kill you all if you leave power (Moi). The word will spread and, when the shit hits the fan, your people will yield machetes for you. In Africa « tribe » means anybody who speaks your language to whom you regularly give money and civil service jobs. Just like the colonials.

Via Owen Barder.

Sinon, ne pas manquer la liste des 10 plus mauvaises prédictions de l’année 2008.

Petit test

Vous assistez à un spectacle de magie. Le magicien fait appel à deux personnes dans le public, un homme et une femme. A l’homme, il remet un jeu de 52 cartes et lui demande de le mélanger. A la femme, il demande de songer à une carte du jeu. Celle-ci choisit l’as de pique. Le magicien se tourne alors vers l’homme, et sort une carte du jeu que ce dernier vient de mélanger. Quelle est la probabilité que cette carte soit l’as de pique?

Indiquez vos réponses dans les commentaires, de préférence avec une petite justification de la façon dont vous y êtes parvenu; c’est celle-ci qui est la plus importante.

EDIT : merci à tous les participants. Voici quelques éléments de réponse.

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Comment ruiner un article en une ligne ?

Chez Libé, Mathieu Lindon s’énerve sur une certaine idée de la dette, dans un article intitulé « Aux chiottes la dette« . Un seul commentaire en bas d’article :

« Combien de fois faudra-t-il expliquer aux journalistes et aux politiques que l’inflation galopante allemande date de 1923 et pas d’après 1929? La crise de 29 c’est plutôt la déflation, la baisse des prix. Comme aujourd’hui malgré certaines apparences. Maintenant si la planche à billets dollars… »

J’ai relevé le passage en cours d’article et me suis dit que ça ne valait pas le coup de faire le malin. Ce n’est pas grave, au fond, ça ne change pas le sens ou la crédibilité de l’argument général. Et puis, ce commentaire, seul, pas très agressif au fond, plutôt paternaliste, ça donne une autre tête à l’ensemble. Et là, on se dit que grand moment de solitude, en tant que blogueur, on pourrait le vivre aussi. Se tromper, ça arrive, se faire reprendre pour cela, pareil. Mais là, juste la sale remarque, c’est rude. Il s’en remettra. Un moment intéressant et futile.

Du médecin généraliste

Quand un économiste (Pierre-Yves Geoffard, en l’occurrence, notre photo (c) Libération) écrit un article sur le temps de travail des généralistes dans Libératiion, que voit le sage et que voit l’idiot ? Qui sont les sages ? Qui sont les idiots ? On ne tranchera pas. On est toujours l’idiot de quelqu’un. Mais, de mon point de vue, j’ai dit tout ce qu’il y avait à dire sur le sens de l’article, en le présentant. C’est presque tautologique. C’est incompréhensible ? Peut-être. Mais je me comprends.

Nouvelle évaluation de la politique de stabilisation

On la doit à la fondation Terra Nova. Bon, on n’y apprend pas grand chose de plus que dans le lumineux article publié ici même samedi dernier, c’est vrai… ;-)
Terra Nova est une fondation qui se dit « progressiste », inutile donc d’en attendre les louanges du plan. Mais l’étude ne sombre pas dans le simplisme.

Je me demande si on n’oublie pas les dépenses publiques de consommation (genre services à la personne), qui ne sont pas les mêmes que les dépenses publiques sous forme de versement aux ménages. Après tout, pour beaucoup, elles ont des vertus : ne pas prendre des circuits longs de mise en place (contrairement aux investissements), satisfaire des besoins et, à divers égards, constituer autant des investissements, dans la mesure où elles sont aussi des inputs de la production (en termes de mobilité, de santé, de capital social…).
Je ne sais pas pourquoi on se focalise tant sur la baisse de la TVA. L’autre point qui spontanément m’étonne est la certitude affichée que le rationnement du crédit fait partie du passé. Ai-je raté des faits nouveaux ? C’est possible, je vais m’informer.

L’article du jour qui nous apprend vachement de choses…

C’est de Laurence Boone, sur Telos. Grosse rigolade en finissant de le lire. Voilà la conclusion :

« Les gouvernements de la zone euro ne croient pas à une récession sévère, imminente, aussi brutale qu’aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Espagne : ont-ils tort ? »

Eh, oh ! C’est pas vous qui deviez nous le dire ?! :-(
A part ça, l’article explique de façon assez simple pourquoi les plans de stabilisation en zone euro sont pour le moment très limités. Donc ne commencez pas à beugler comme des veaux que j’ai mal interprété l’article et tout le tralala. Second degré.

Les liens du lundi (en avance)

La blogosphère économique sauve le monde.

A ne pas manquer : la conférence Nobel de Krugman, en direct. Lequel Krugman considère que l’industrie automobile américaine va disparaître si l’on suit l’économie géographique. Pourquoi pas, mais des choix historiques – le fait que les dirigeants des entreprises automobiles aient dans le passé acheté leur compétitivité en remplaçant les hausses de salaires par des caisses de retraites et des systèmes d’assurance-santé, dont les coûts seraient reportés sur les dirigeants ultérieurs (actuels) semblent des explications plus plausibles.

EDIT : Quand les propos d’un économiste repris par un journaliste semblent bizarres, il est nécessaire d’envisager l’hypothèse que le journaliste n’ait strictement rien compris. La conférence Nobel était remarquable. Elle sera archivée en ligne sur le site du prix nobel dans quelques jours, mais les diapos donnent une bonne idée.

Pour Taleb, l’utilisation des méthodes quantitatives en finance a été un crime. Admettons. Mais en suivant lesdites techniques quantitatives et leur appréhension du risque (qui prend en compte l’existence de « fat tails » et autres déviations de la loi normale) ce qui s’est passé peut se ramener à ceci.

Supposez que je vous propose le produit suivant : chaque année, si le PSG n’est pas champion de France de Ligue 1, je vous paie 20 000 euros. Par contre, si une année, le PSG est champion de France de Ligue 1, vous me payez 10 millions d’euros. Seriez-vous prêt à prendre ce produit? Probablement pas (après tout, pour qu’il soit en moyenne rentable, il faudrait que le PSG ne soit pas champion de France pendant 500 ans). Le problème de la crise financière, c’est que les banques ont acheté, à haute dose, des produits que leurs propres modèles décrivaient comme celui-ci. Pourquoi l’ont-ils fait? La réponse est beaucoup plus probablement à chercher chez les sociologues, les psychologues, ou chez des économistes qui prendront le temps d’aller étudier les motivations des agents et le fonctionnement interne des banques. S’il y a un reproche à formuler aux quants, ce n’est pas tellement d’avoir développé et utilisé des modèles: c’est de n’avoir pas compris comment ceux-ci seraient utilisés.

Les causes de la crise financière en un schéma

C’est chez Jeffrey Frankel. Un bel effort, mais il me semble que le poids des déséquilibres financiers internationaux aurait mérité d’être un peu plus en évidence.

Dans le même ordre d’idées, on peut trouver l’origine de la crise Islandaise en un schéma.

Extension du domaine du point Godwin ?

Le point Godwin, ça marche pour les journaux ? Si j’ai l’autorisation, j’en donne un à cet article :

« Trop de monnaie tue la monnaie, en détruit la valeur. C’est le principe de l’hyperinflation, dont l’Allemagne des années 1920 a fourni le meilleur exemple – le plus tragique aussi puisqu’il a contribué à l’arrivée au pouvoir des nazis. »

Oui, oh, je sais, je suis dur. Mais la facilité ne doit pas être réservée aux journalistes.

Les salariés du public mieux payés que ceux du privé

C’est ce que souligne Le Figaro, titrant « Salaires : avantage aux fonctionnaires », s’appuyant sur l’enquête sur les salaires 2008 de l’INSEE. D’après mes travaux, le taux de chômage est également nettement plus faible chez les fonctionnaires. Explications…

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Plan de relance

Tout se passe ici.

EDIT : Pour éviter d’être catalogué d’antisarko sans arguments, je précise que ceci n’est pas une critique ironique du plan de relance du gouvernement. Il s’agit juste du plan de relance de Rick Astley (Rick Rolling), tel qu’il est engagé depuis quelques mois (voir ici pour les explications). Pour le plan de relance du gouvernement, on verra plus tard.