A propos de la chronique du Davezies

Il y a un certain nombre de semaines maintenant, j’ai dit que je ferais une chronique du livre de Laurent Davezies, La république et ses territoires. Plusieurs lecteurs ont récemment demandé des nouvelles de cette chronique. Le fait est que je n’ai pas réussi à me faire une idée définitive sur le fond de l’ouvrage. J’aurais eu besoin de faire des recherches. Je n’en ai pas eu le temps. J’ai donc préféré m’abstenir. Quant à savoir si je reviendrai sur cet ouvrage, honnêtement, je ne sais pas. Je m’en excuse auprès de ceux qui attendaient un commentaire du livre.

Nouvelle édition

La découverte, qui m’envoie régulièrement quelques nouveautés dans la collection Repères, m’a adressé la nouvelle édition de l’ouvrage de Bernard Guerrien sur la théorie néoclassique, dont j’avais chroniqué une ancienne édition. Quelques commentaires sur la nouvelle mouture.
Le premier fait notable est que Guerrien publie désormais l’ouvrage avec une co-auteure, Emmanuelle Bénicourt.
Sur la forme, les deux tomes des précédentes éditions ont été regroupés en un seul, ce qui n’est pas plus mal.
Sur le contenu, on retrouve tous les chapitres des précédentes éditions. Mais outre que la seconde partie a été réorganisée dans sa progression, des développements supplémentaires ont été ajoutés. Ce qui est une bonne chose. La description de la théorie néoclassique de Guerrien est très bien foutue. A l’époque où j’avais chroniqué une ancienne édition, on pouvait même se réjouir de l’éclairage limpide qu’il donnait des insuffisances du modèle d’équilibre général. Le problème dans les années qui ont suivi est que Guerrien s’est focalisé sur ces critiques en diverses occasions, alors même que l’analyse économique, suite à une longue gestation, changeait radicalement, abandonnant largement le modèle Arrow-Debreu, cible de son courroux. Ce que l’on peut appeler théorie néoclassique aujourd’hui est une mutation génétique assez profonde du modèle walrasien des années d’après guerre.
C’est dans cette perspective que les mises à jour de l’édition courante sont intéressantes, car elles ouvrent sur ces changements, même s’il semble que les auteurs ont du mal à sortir d’un costume "anti-néoclassique". Un chapitre baptisé "aux frontières de la théorie néoclassique" (incluant l’asymétrie d’information, la finance ou la théorie néoinstitutionnelle) a été ajouté. Et la perspective change un peu dans l’introduction et la conclusion, évoquant par exemple l’essor des méthodes empiriques.
Le bouquin reste donc un bon point d’entrée dans la théorie néoclassique de base, par sa qualité didactique. L’aspect critique s’enrichit, même si on n’arrive pas à une vision globale sereine de ce qu’est l’économie orthodoxe aujourd’hui. Probablement parce que les auteurs estiment explicitement que les néoclassiques font toujours l’apologie de la concurrence parfaite à des fins plus idéologiques que scientifiques.
Je ne change pas mon point de vue exprimé lors de mon ancienne chronique : c’est un livre globalement de bonne qualité, qui peut être utile à l’étudiant (en complément d’autres ouvrages plus techniques) et instructif pour les autres lecteurs.

Mon déficit à moi

Si j’étais l’Etat français, ma situation financière mettrait bien des commentateurs, déjà passablement hystériques, au bord de l’apoplexie. Au titre de l’année 2008, mon déficit (la différence entre mes dépenses et mes recettes) va atteindre 350% de mon revenu. Ma dette totale, elle, se monte à 420% de mon revenu annuel. Pour combler la différence, il m’a fallu piocher dans mon patrimoine : comment vais-je faire le jour ou je n’en aurai plus? Le remboursement de ma dette s’élève à 30% de mon revenu annuel, ce qui en fait, et de très loin, mon premier poste budgétaire, qui sert à enrichir les ploutocrates cupides régnant sur les marchés financiers au lieu de contribuer à mon bien-être.

Et je ne peux même pas me dire que cette dette est la contrepartie d’un « investissement » : elle m’a servi à acquérir un actif à un prix très élevé, dont la valeur a déjà baissé de quelques % entre le moment où le prix a été fixé et celui où la vente a été conclue; et un actif qui, en tendance de long terme, voit son prix évoluer au même rythme que l’inflation (donc très peu rentable), et qui est fort peu liquide.

Bref donc, ma situation financière est infiniment pire que celle de l’Etat français; et contrairement à lui, je ne peux même pas espérer rogner unilatéralement sur mes engagements, je ne peux pas reporter indéfiniment le paiement de ma dette (mon banquier sait que je vais mourir un jour…) et je ne peux pas augmenter unilatéralement ma principale source de revenus. Bref donc, si j’étais l’Etat français, à en croire les toqués de la dette publique, je serai dans une situation dramatique : probablement ruiné, condamné à la faillite.

Et pourtant, ce matin, tout le monde autour de moi me disait que je devais être content; le banquier m’a dit que des dossiers comme le mien, il aimerait en voir plus souvent et n’a eu aucune réticence pour me prêter. Il devrait même me rester de quoi continuer d’acheter des gadgets aussi plaisants que dispendieux. C’est vraiment à n’y rien comprendre.

Comme d’habitude, ils vont jouer à faire semblant…

Le G8 de cette année est consacré aux questions énergétiques, à la nécessité de traiter les problèmes posés par la pauvreté, au Moyen-Orient, et à l’impérieuse nécessité de se concerter pour résoudre les problèmes de stabilité financière mondiale. Comme l’année dernière. Comme il y a deux ans. Comme au premier G5, il y a 33 ans. Comme chaque année, cette mascarade ne sert à rien d’autre qu’à recopier mot à mot la déclaration d’engagements de la session précédente, à donner de quoi écrire à la presse, et à donner à quelques dirigeants à l’ego enflé le sentiment qu’ils ont prise sur les affaires économiques du monde.

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Rapport Guesnerie sur les SES

Pour ceux qui l’ont loupé, le rapport Guesnerie sur l’enseignement des SES est paru. On ira lire des commentaires chez Rationalité limitée, Pierre Maura, Alternatives Economiques, Denis Colombi, et Jean-Edouard : vous y trouverez des commentaires par des gens qui ont lu le rapport, ce qui constitue visiblement une grosse différence avec la presse spécialisée ou généraliste.

Pour ma part, j’approuve totalement le contenu du rapport, qui montre les qualités de cet enseignement et pointe les limites des programmes dans un sens proche de ma propre critique : des programmes trop descriptifs, trop lourds et ambitieux, qui font courir le risque du survol et d’un schématisme excessif; un reproche qui d’ailleurs vaut pour la totalité des programmes du lycée, et qui, pas seulement en SES, obligent les enseignants à faire avec. Eux au moins sont confrontés à la complexité du monde.