Le meilleur livre d’introduction à l’économie?

Bien souvent, on nous demande « si je veux comprendre l’économie sans rien connaître sur le sujet, que puis-je lire »? Et il n’est pas facile de trouver une réponse. Il y a des manuels de bonne qualité : mais ce sont des manuels, pas très lisibles. Il y a des livres grand public qui traitent de divers sujets : mais bien souvent, ils ne traitent que d’un sujet particulier, et il faut en lire plusieurs pour avoir une vision un peu générale : surtout, s’ils sont clairs, il y manque souvent une sorte de vue d’ensemble permettant de comprendre l’économie en général. Il existe un « l’économie pour les nuls » dans la célèbre collection : ni SM ni moi ne l’avons lu, mais nous en avons reçu des échos mitigés.

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Si nous ne sommes pas avec eux, c’est parce qu’ils sont contre nous

Si depuis des années nous allons contre les positions des pourfendeurs vulgaires du téléchargement, c’est qu’elles sont une insulte à l’analyse économique ; pas parce que nous sommes pris d’une poussée d’acnée jeuniste ou libertaire. Ce sujet a pour nous un côté inconfortable, car il nous conduit à une attitude quasi-militante, assumée, mais bien malgré nous. Ce billet fait rapidement le tour de la question en renvoyant à autant de textes passés que possible, sur ce site ou ailleurs.

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Exception culturelle

S’il y a bien une chose dont les économistes apprennent à se méfier, ce sont les explications culturelles des comportements humains, surtout lorsqu’ils prennent la forme du « dans tel pays, les gens sont comme ci, dans l’autre, ils sont comme ça ». Il y a deux raisons à cela. La première, c’est que leur expérience et leurs connaissances tendent à leur montrer que ce qui différencie les gens entre populations est beaucoup moins important que les comportements communs; la seconde, c’est que l’explication culturelle ne fait que déplacer la recherche des causes : elle ne nous dit rien sur les raisons pour lesquels les uns et les autres seraient différents. Ainsi, lorsque mon ami Hugues commence un post sur le sujet du rapport Olivennes par une différence culturelle entre latins indociles et un peu voyous et américains (ou Suisses) protestants et intègres, l’esprit critique de l’économiste est titillé.

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Le plus vif d’entre nous

C’est Mathieu, des notes d’un économiste. Il s’est tapé le rapport Olivennes et le démonte consciencieusement. Nous n’avons pas encore eu le loisir de nous exprimer sérieusement sur le sujet. Mathieu rend presque superflus nos futurs commentaires. Tant mieux, nous aurons moins et plus à dire. Ne nous voilons pas la face, après une loi absurde, on touche à nouveau le fond avec cette pantalonnade de marchand de soupe. Je regrette qu’à l’initiative du président de la république, nous soyions obligés de nous opposer. Nous ne sommes pas opposés au droit d’auteur et à la propriété intellectuelle en général. Nous avons eu le loisir de présenter le dilemme de la diffusion et de l’incitation contenu dans toute création intellectuelle. Ils sont des construits sociaux qu’on n’a pas à balayer d’un simple geste. Mais face aux arguments d’autorité sur ce que serait la propriété intellectuelle, on doit se demander pourquoi le temps qui passe, le monde qui change et la technologie qui évolue devraient imposer à certains acteurs de reconsidérer leurs droits, pendant que d’autres pourraient rester hermétiques aux mêmes forces ? La propriété intellectuelle, et le droit d’auteur en particulier, mériterait mieux que des pour et des contres. Mais que faire quand le patron de la FNAC est l’architecte adoubé de la politique numérique de la France ? Personnellement, je ne le digère pas. Et ce n’est vraiment pas parce que je trouve que la musique de Sardou et de Halliday, c’est de la merde. Non, c’est parce que je ne vois pas où est l’esprit qui gouvernait jadis la protection des idées.

Edit : A tout seigneur, tout honneur, c’est le blog RCE qui avait dégainé le premier, paraît-il. Mais Mathieu est sympa quand même :-) .

Esther Duflo a raison

Dans Libération : :

« Demander aux gens la couleur de leur peau est inhabituel et quelque peu troublant. Le spectre du fichage et de la construction de catégories raciales renvoie au souvenir de la France de Vichy. Les auteurs de la pétition de SOS et les trois démographes de l’INED qui la soutiennent jouent sur cet amalgame de manière délibérément injuste. La présence d’un amendement sur les statistiques ethniques dans la loi Hortefeux sur l’immigration (rejeté par le Conseil constitutionnel), crée un autre amalgame entre la politique actuelle d’immigration et cette enquête, bien que les deux n’aient rien à voir. Mais en plaçant le débat à ce niveau, les détracteurs de l’enquête TEO ont perdu une occasion de discuter du vrai choix qui se pose à notre société ».

Prise de risque

Dans la blogosphère, il est assez aisé de se moquer d’un Attali, on ne court pas trop de risques. Dire que l’on n’est pas tout à fait d’accord avec Maître Eolas, par contre, c’est s’exposer à de grands périls. Surtout quand sur le fond, on est entièrement d’accord avec lui sur le sujet abordé. Il y a juste un point qui me chiffonne dans son réjouissant démolissage du pitoyable Christophe Barbier. (pas taper, maître, s’il vous plaît).

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Cette fois, on touche le fond

Franchement, les mots me manquent. Tant d’âneries en si peu de lignes, ça dépasse l’entendement. Je voudrais faire un fisking, mais devant l’ampleur de la tâche, je n’ai pas le courage. Alors je laisse faire les commentateurs : relevez toutes les âneries et contradictions que l’on trouve dans cette interview. C’est pas compliqué : il suffit de compter les phrases.

J’aimerai qu’on m’explique comment on peut dire dans le même texte que « les revenus montent plus vite que la compétitivité » et que « la part des profits dans la valeur ajoutée a monté de 7 points depuis 10 ans ». Non seulement les deux sont faux, mais en contradiction complète. J’aimerai aussi qu’on m’explique comment on peut dire que « la hausse des revenus globaux creuse la tombe de notre pays » et dire qu’il faut « augmenter la croissance de la production d’un point ». Je crois bien que l’égalité revenus-production, c’est lors du premier cours de comptabilité nationale qu’on l’aborde. J’aimerai qu’on m’explique en quoi « la clé absolue, la liberté d’un pays, c’est sa compétitivité ». Si pour être compétitif, il faut baisser les revenus, quel est l’intérêt de la chose, exactement?

J’aimerais surtout enfin que quelqu’un m’explique comment cela se fait que le Point puisse encore trouver des acheteurs, quand on voit ce que ce magazine offre comme contenu. C’est pas en papier glacé qu’il faudrait l’imprimer, mais en papier de soie. Non seulement cela serait bon pour l’environnement, mais en plus, ça lui conférerait une certaine utilité.

Prix du livre d’économie du Sénat : résultat final aujourd’hui

Le résultat du prix des lecteurs du livre d’économie du Sénat va être connu aujourd’hui. J’avais pensé y aller, mais j’ai redouté les problèmes de transport (et de toute façon, je n’ai pas le temps). De même, je voulais parler des trois finalistes, mais jusqu’à présent n’ai parlé que de l’un d’entre eux. Voici donc quelques commentaires sur les deux autres.

EDIT : bravo à Pierre Dockès!

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Tu ne vendras point tes points

Rapporté par le monde :

« Face à la fraude sur les permis de conduire à points, le ministère de l’intérieur propose la création d’une qualification pénale spécifique : le fait  » d’offrir, de céder, de vendre ou d’acheter des points  » serait puni de trois années de prison. La modification est symbolique. Les auteurs de ce type de trafics peuvent déjà être poursuivis pour  » faux et usage de faux « , délit puni par trois ans de prison. Le ministère estime ces fraudes  » abondantes  » mais reconnaît qu’il n’existe aucune évaluation du phénomène sur les huit millions de points retirés chaque année. »

La première fois que j’ai entendu parler de cette mesure, je me suis demandé si elle serait dissuasive, s’il y aurait des incitations à ne pas accuser sa grand-mère d’avoir conduit la golf GTI à 210 sur une zone limitée à 110. Je voyais mal comment on pouvait passer d’un système où aucun recours n’était examiné à une situation où le risque de vérification pourrait réellement accroître la probabilité d’être attrapé en cas de fraude. Je n’avais pas pensé à l’histoire des faux et usage de faux. J’apprends donc que la mesure est « symbolique ». Et j’en reviens à penser ce qui m’a, très inciviquement, effleuré l’esprit, presque fugitivement : l’Etat n’a aucune incitation à rattacher aux vrais fautifs les points perdus : il coûterait si cher de contrôler significativement les demandes d’exonération, qu’on perdrait une bonne partie du rendement des radars. Or, sur la masse de gens qui perdent leurs points et grugent, la plupart ne sont pas des dangers publics, juste les cibles ordinaires du système (ils roulent beaucoup et perdent souvent des points ; peu à chaque fois, mais il n’y en a que 12…). De sorte qu’en termes de coûts en sécurité, leur laisser des points n’est pas dramatique. J’ai de ces idées, des fois…

Je veux faire partie d’une commission

C’est une fonction très confortable, qui ne mobilise pas trop de temps de cerveau disponible, puisqu’il suffit de compiler les idées que d’autres ont déjà trouvé (sans les citer est un plus) et de mentionner d’autres idées si neuves que personne ne les revendique même plus, tant elles sont entrées dans le domaine public. Par exemple, la commission de libération de la croissance, ça m’avait échappé, s’est réunie le 7 novembre. Il en est ressorti une originale synthèse :

« Les membres ont partagé le constat selon lequel la dépense publique qui absorbe près de 54% du PIB, soit plus de la moitié de la richesse nationale, était nettement plus élevée que celle de nos partenaires de l’Union européenne qui est en moyenne à 46% du PIB, et sans comparaison avec certains de nos partenaires de l’OCDE qui sont à environ 30%. La dette publique reste par ailleurs excessivement élevée (64,2% du PIB). Selon le projet de loi de finances pour 2008, les intérêts de la dette, c’est-à-dire les intérêts que l’Etat doit payer, et non le remboursement du capital, qui serait le remboursement de la dette elle-même, représentent environ 42,4 Md€. C’est la 2ème dépense de l’Etat par importance (15% du budget environ), par contrainte, plus que par choix, et sans aucun bénéfice pour les citoyens et pour les générations futures. Une dépense publique mieux maîtrisée permettrait d’investir et de moderniser nos services publics. Surtout, la dette reste dans le temps : elle sera payée par les générations futures. »

Oulala ! Elle est bourrée de créatifs, cette commission. On vise toujours les 5% de croissance ?

Il faut protéger les droits d’auteur de Jean-Louis Murat

Interview de Jean-Louis Murat pour Le monde. Quand on ne sait pas par où commencer, que faire ? On hausse les épaules et on passe à autre chose. On peut aussi relire ses classiques (en tapant « industrie du disque » dans notre outil de recherche). En tout cas, j’appelle tous les internautes qui nous lisent à ne pas télécharger de titres de Murat. Un, ça lui plaît pas. Deux, ça pourrait vous donner envie d’aller voir ses concerts (oui, on ne sait jamais).

La rationalité économique n’est pas là où on le croit

Ce matin, lors d’un cours consacré à l’économie du développement, suite à des digressions successives, vient à être abordée la question de l’intérêt des OGM pour l’Afrique. Beaucoup de positions très tranchées sont émises, jusqu’à ce qu’un de mes élèves, originaire du Burkina Faso, explique :

 » Chez nous, il y a quelques années, les agriculteurs ont commencé à planter du coton OGM. Puis, au cours des années ultérieures, le prix du coton non-OGM a beaucoup augmenté, alors beaucoup d’entre eux ont tout simplement réduit ou abandonné la production de coton OGM pour produire du coton biologique, parce que c’était plus rentable ».

Tout bêtement. L’homme africain n’est peut-être pas entré dans l’histoire, mais il est capable d’aborder des sujets avec une sagesse économique dont pourraient s’inspirer bien de nos politiques. Accessoirement, voici quelques faits sur l’Afrique, via Marshall Jevons. Accessoirement aussi, cette année, mes deux étudiants les plus solides en mathématiques sont Béninois. Parfois, je me demande qui, en réalité, vit en dehors de l’histoire.

Epuisant

Reçu à l’instant :

« Professeurs,
Je vous ai écrit le 2 Août, en vain, même pas un accusé de réception. Il semblerait que vous ne vous intéressiez pas aux « chiffres » qui parlent d’eux-mêmes, >même pas à ceux qui se dénoncent eux-mêmes comme n’étant que désinformation ou noire ignorance. Il semblerait que vous soyez atteint du travers des >professeurs : ils sont là pour dispenser leur savoir aux autres, ils n’ont plus rien à apprendre, surtout pas des autres. Il semblerait que vous vous complaisiez, >comme presque tous vos confrères, dans des discussions académiques nébuleuses mais inépuisables, ce qui assure la permanence de l’activité des prétendus >économistes.
Tout cela ne me chagrinerait pas si votre fonction fondamentale n’était pas de former les jeunes à l’intelligence du fonctionnement de l’économie.
Alors, cette relance, pas plus taquine que certains de vos propres propos, seulement pour le cas où l’aiguillage de mon message vers votre poubelle n’aurait été >qu’une facétie de votre ordinateur ou du mien. Cordialement,

XXXXXX »

Il est 9h18. Je suis levé depuis 7h. Dans l’intervalle, je me suis préparé, j’ai publié des commentaires sur le dernier billet, j’ai amené ma gosse chez sa nounou, suis passé dans mon lycée pour déposer des documents, me suis fait deux cafés et ai supporté des embouteillages. Le reste de ma journée va ressembler à peu près à ça, en continu, les embouteillages en moins. Bref, j’ai une vie comme tout le monde. Depuis quelques temps, nous sommes victimes d’une certaine crise de croissance. Les premiers touchés sont ceux qui nous envoient des mails. Nous ne pouvons tout simplement pas répondre à tous. Nous répondons autant que possible. Et, surtout, nous publions ici dès que possible. Je crois que c’est ce que les lecteurs attendent avant tout. Il faut quand même savoir que, par exemple, quand le Figaro a publié l’interview d’Alexandre, c’est une bonne vingtaine de mails accompagnés de questions, pas forcément simples, qui sont arrivés en une seule journée. Comment voulez vous qu’on fasse ?
Alors, ce genre de mail ulcéré, franchement, c’est injuste. Et, franchement aussi, c’est pas comme ça que j’avais prévu de répondre initialement…