Défense de Google

La décision par Google d’ouvrir une version tronquée de ses services en Chine, google.cn, a suscité de nombreux commentaires indignés. Pour certains, en acceptant de se soumettre à la censure du gouvernement chinois, et de ne pas offrir de réponses pour des recherches potentiellement subversives (comme « indépendance de Taiwan »), l’entreprise va à l’encontre de ses valeurs affichées, ne pas chercher à gagner d’argent en faisant le mal. Le Monde a par exemple publié un éditorial très sévère, qualifiant Google de « tartufe » qui défend la liberté de ses utilisateurs aux USA mais se soumet à la censure en Chine. Il est vrai qu’en matière de Tartuferie concernant la Chine, le Monde en connaît un rayon : faire une recherche avec le mot-clé « Chine » sur le site du journal nous permet de trouver, à la troisième page de recherche, après des tonnes de propagande mielleuse à base de Chine maîtresse du monde, un article condamnant des évènements au Tibet : le braconnage des antilopes y ferait des ravages… Passons. Le Monde périra peut-être un jour d’excès de suffisance, mais certainement jamais d’abus de cohérence. Il y a en réalité quelques de raisons de penser que l’attitude de Google en Chine est louable.

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Retourne en Turquie!

C’est ce que le fort charmant ministre de l’économie Italien a déclaré à Nouriel Roubini lors d’un débat au forum de Davos, alors que celui-ci exposait les risques rencontrés par L’UEM. Alors que Roubini expliquait que la situation macro-économique de l’Italie la place peut-être face aux risques que connaissait l’Argentine à la fin des années 90, Tremonti s’est exclamé « merci de votre consideration, retournez donc en Turquie » (Roubini est né à Istanbul; il a par ailleurs vécu 20 ans en Italie…) à la consternation générale. Il est probablement plus facile de se comporter de façon ordurière (à la fois envers son interlocuteur, mais aussi envers toute la Turquie) que de mener une politique économique cohérente. Ce genre d’épisode nous rappelle par quel genre d’individus les italiens sont dirigés.

Au passage, l’argumentation de Roubini sur les risques d’éclatement de la zone euro sont intéressants. Il développe les analyses dont nous avions parlé précédemment ici. Si vous voulez une argumentation défendant l’euro et la BCE, j’en avais fait une ici que je maintiens dans l’ensemble – les conséquences de l’union monétaire et la politique de la BCE ne sont pas si mauvaises étant données les circonstances – l’absence de réformes et les mauvaises politiques économiques des gouvernements. L’idée qu’avance cependant Roubini – que ces mauvaises politiques risquent de rendre la tentation de quitter l’euro très forte – ne manque pas de pertinence.

Service après-vente

Samidjazz, qui a mis de l’ordre dans sa vie (je veux dire qu’il a ouvert un blog spécialement consacré à la politique, laissant son camp de base traiter uniquement la culture), revient sur les propos de Mélenchon en mai 2005 concernant les lituaniens et décrypte ses pitoyables explications à ce sujet. Retour en garantie réussi..

Rien à voir : cela m’avait échappé, mais Optimum a repris de l’activité depuis 10 jours.

Et les notes d’un économiste continuent leur bonhomme de chemin.

L’évolution des hauts revenus en trois schémas

La communication de Thomas Piketty et Emmanuel Saez au congrès de l’American Economic Association était consacrée à la présentation de données concernant l’évolution des hauts revenus dans le monde au cours du 20ème siècle (merci Mark Thoma d’avoir attiré mon attention sur cette communication). L’article est accessible à cette page. Trois graphiques retiennent l’attention.

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Addiction mercantiliste

On s’est largement réjoui hier dans les media de l’embellie du tourisme français en 2005 La croissance d’un secteur économique a de quoi réjouir, c’est un fait. De ce point de vue, celle du tourisme, ceteris paribus, ne déroge pas. Et je ne trouvais rien de particulièrement mauvais à ce satisfecit. Jusqu’au moment où, je ne sais quel membre de je ne sais quelle organisation représentant le tourisme français s’est senti obligé de rajouter une belle stupidité usuelle. Un peu comme s’il était impossible de tenir un discours sur le commerce international sans adopter une grille de lecture autant fausse qu’improbable dans le contexte.

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Enron : the smartest guys in the room

Je suis en général un très mauvais public pour la nouvelle mode du « documentaire à charge », ce style cinématographique consistant à choisir un sujet, le traiter de façon partiale, incomplète, à l’estomac, supprimant chez le spectateur toute envie d’utiliser son cerveau pour au contraire le pousser à se complaire dans le simplisme, les idées reçues, et dans l’invective envers le Goldstein de service. Ce genre de produit cinématographique tend à produire chez moi l’effet inverse de celui que visait le réalisateur : par exemple, je n’ai jamais eu tant envie de devenir « life member of the NRA » qu’après avoir vu « Bowling for Columbine ». Pour éviter ce genre de réaction, je préfère donc en général éviter le genre de film qui les produit.

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Le capitalisme sans capital

Excellent article de John Kay dans le Financial Times d’aujourd’hui.

(…)modern employees generally do not know who owns the capital they use. Their office may belong to a property company or an institutional investor. As for their desks and computers, it would often need a forensic accountant to sort out legal and beneficial ownership in complex modern financing structures.

Today’s executives do not derive their authority from the ownership of assets. Their authority comes from their position in a hierarchy and they acquire it in the same manner that priests, aristocrats and generals always acquired theirs: through family and personal connections, and their own political skills.

Large companies have today taken over the role once assumed by churches, landed estates and army brigades in determining the order of society. Marx’s world, in which capital determined class structure and power went with ownership of the means of production, was but a short interlude: and as Marx predicted, it ended, though not in the manner he predicted and perhaps not for the reasons he predicted.

Paradoxically, people who would angrily reject any suggestion that their thought is tinged with Marxism continue to use his categories. They talk of stockholders as business owners, although it is impossible to point to anything they own. They talk of profits as returns to capital, although they are really mostly economic rents – returns to brands, reputations, intellectual property, to corporate knowledge and organisation, and the exercise of market power.(…)

Politiques de l’emploi : C’est reparti pour un tour

TUC, ACCRE, CRA, CRE, PIL, CES, CEC, CFI, AIF, CIE, nouveaux services emplois jeunes, CJE, SMAN, SAE, contrat d’apprentissage, contrat de qualification, stage AFPA, APEJ, stage Granet, SIVP, SIFE, FRA… Tous ces acronymes constituent un petit échantillon des plus de 80 dispositifs d’aide à l’emploi qui se sont succédés en France depuis les années 1970. Pour quels résultats? On n’en sait rien. C’est qu’en France, la politique de l’emploi n’est pas seulement un moyen d’espérer résoudre le problème du chômage : c’est surtout l’enjeu d’une permanente et affligeante querelle de bac à sable.

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Nous sommes tous des proviseurs homosexuels

C’est une triste affaire à laquelle je fais référence ici. Maître Eolas raconte les choses fort bien, avec talent et en contenant cette irrésistible envie d’insulter ce qui me sert de ministre des transports de l’éducation nationale pour avoir signé la révocation du chef d’établissement concerné.

J’ai parcouru le blog de Garfield une ou deux fois il y a quelques mois. Pour ce que j’avais lu, j’y avais trouvé un blog très personnel, subtil et plein d’humour. Quant à la pornographie, je présume que c’est parce que les allusions aux relations amoureuses étaient entre hommes qu’elle a été décrétée.

Chaque année, un nombre non négligeable (quoique pas si important que ce qu’on le lit parfois) de personnels de l’éducation nationale massacrent des gamins autrement qu’en parlant de cul sur un blog. Combien sont révoqués parmi eux ? Certains sont renvoyés d’établissements en établissements, à la manière des patates chaudes. Tel adjoint de direction qui est notoirement alcoolique, tel prof qui est connu pour être un glandeur et pédagogue minable (oui, certains glandeurs sont d’excellents pédagogues et font un boulot très correct). Parfois, même, cette glorieuse double étiquette est couplée à un comportement douteux, répété, avec des jeunes filles. Révoque-t-on ces gens ?

Non.

L’évènement le plus important du 20ième siècle est celui qui n’a pas eu lieu

De la même façon qu’il y a en France 40 millions de sélectionneurs potentiels pour l’équipe nationale de football, il sommeille en beaucoup d’entre nous un géostratège en pantoufles. L’attrait qui réside dans la savante dissertation géopolitique tient à plusieurs raisons; le charme incontestable des relations internationales, et le fait qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une compétence particulière pour aborder le sujet à grands coups de concepts (monde multipolaire, équilibre géoplanétaire des forces, adversaire stratégique…), le caractère hypnotique pour les auditeurs de la prévision qui n’engage à rien, le fait que beaucoup en parlent sans rien y connaître, font que chacun peut se dire sur le sujet « et pourquoi pas moi? ». Avec l’âge, je me méfie de cette tendance pour ce qui me concerne; c’est un domaine dans lequel il est périlleux pour l’amour-propre de regarder en arrière ses propres anciennes déclarations définitives.

Cependant, je vois beaucoup de gens plus ou moins savants parler à tort et à travers des conséquences potentielles de la détention par l’Iran de l’arme nucléaire dans un avenir proche; imaginer des scénarios de frappe préventive, de guerre mondiale à l’horizon 2007… Je constate par contre qu’une façon de voir les choses n’est que peu abordée; il n’est pas forcément inutile de la présenter.

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Cotisations sociales, CSG, cotisation sociale sur la VA, TVA sociale, et toute cette sorte de choses

La question du basculement d’une partie du financement de la protection sociale sur une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises, traitée ici dans un post précédent, a suscité de multiples discussions. F. Brutsch nous a communiqué les travaux d’un professeur Genevois sur la question générale du financement de la protection sociale; Versac s’interroge sur l’opportunité d’élargir l’assiette du financement de la protection sociale; Selon Ceteris Paribus, il y a là peut-être l’opportunité de bénéficier d’un modeste « repas gratuit » fiscal, même s’il n’y a pas grand-chose à en espérer. François, de PHNK, cite Henri Guaino, qui dans les Echos s’oppose à une telle cotisation sociale sur la valeur ajoutée, mais préfère une TVA sociale; dans le même journal, F. Sirot considère ces deux mesures comme purement cosmétiques, sans grand effet sur l’emploi. François cite également un article de B. Bruhnes hostile à une cotisation sur la valeur ajoutée, et un article d’E. Chaney sur le même sujet.

Il est possible de dégager quelques idées générales importantes sur la question à partir de tout cela. Au passage, il me semble que le sujet est susceptible de donner lieu à des confusions (la distinction entre taxe sur la valeur ajoutée sociale et cotisation sociale sir la valeur ajoutée, par exemple, est un tantinet sybilline). Profitons-en donc pour décrire chacun de ces mécanismes, et leurs conséquences économiques. (Attention : post particulièrement long)

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Effets économiques de l’immigration, première partie : le "brain drain"

Le Libération d’aujourd’hui contient une opinion consacrée à la politique dite « d’immigration choisie », dont les effets, selon les auteurs, sont de priver les pays pauvres (notamment africains) de compétences dont ils ont terriblement besoin, entretenant de ce fait leur sous-développement. J’avais l’intention d’évoquer un jour ou l’autre la question des politiques d’immigration choisie et de leurs effets sur l’économie des pays riches (ce sera l’objet d’un prochain post); mais c’est là l’occasion d’aborder un autre aspect de l’économie des flux migratoires.

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Combien coûtera la guerre en Irak?

Certains journaux et la blogosphère par exemple, Angry Bear) commencent à bruisser à propos d’une évaluation du coût pour les USA de la guerre en Irak présentée dimanche dernier par J. Stiglitz et L. Bimes, lors du congrès annuel de l’American Economic Association. Selon Stiglitz, ce coût pourrait atteindre 2000 milliards de dollars, soit 4 fois plus que les estimations officielles de ce coût.

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Asseoir la protection sociale sur la valeur ajoutée?

Dans un article roboratif sur la politique numérique de la France, Jules de Diner’s Room s’interroge sur l’effet potentiel pour les nouvelles technologies d’un basculement d’une part du financement de la protection sociale des salaires (les actuelles « charges sociales ») vers une cotisation accise sur la valeur ajoutée des entreprises. C’est l’occasion de se demander quel pourrait être l’impact plus général d’une telle mesure.

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Avis de recherche…

Certains d’entre vous se souviennent probablement de Brian Arthur, dont les travaux portaient sur la dynamique du progrès technique, les rendements croissants et plus gérénalement, les phénomènes d’interaction sociale. D’autres s’en souviennent peut-être parce qu’il avait été littéralement bombardé par un Paul Krugman de très mauvaise humeur. Je me souviens vaguement aussi qu’il est intervenu dans le procès Microsoft aux Etats Unis (mais impossible de me souvenir dans quel camp).

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Justice ou envie?

Dans la Théorie des Sentiments Moraux, Adam Smith montrait toute l’ambivalence des sentiments humains vis à vis des autres. Il distinguait la sympathie – la capacité à ressentir en soi ce que ressentent les autres, à partager en partie leurs bonheurs et leurs souffrances – et l’envie, cette passion qui nous conduit à désirer ce que les autres ont, jusqu’à nous réjouir de leurs malheurs ou déplorer leurs chances. La théorie économique a par la suite, hélas, ignoré pour l’essentiel cette idée selon laquelle nos plaisirs et nos peines ne dépendent pas que de notre prospérité ou de notre chance, mais dépend aussi, en positif ou en négatif, de celle des autres.

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Retourner voter en 2006…

Les finalistes du prix des lecteurs du livre d’économie du Sénat ont été désignés…

Artus & Virard, Maurin et un truc spectaculaire sur la finance.

Autant dire que si vous me le demandez, vous pouvez voter pour l’un des deux premiers. Je n’ai pas lu Artus, mais je vais mettre Alexandre sur le coup s’il ne l’a pas déjà fait…Quant à Maurin, souvenez vous, c’était il n’y a pas longtemps.

Je suis franchement déçu que l’excellent « Politique économique » ne soit pas qualifié pour la finale. Certes, son statut de manuel rendait la chose difficile. Pourtant, il méritait certainement mieux que de finir derrière un genre de énième « plongée dans les marchés financiers et leur enfer saignant qui fait mal et intrigue ». Mais bon, on est en France. J’ai encore du mal à m’y faire, mais je progresse.

Petite mise au point concernant les commentaires

Comme vous avez pu le constater, depuis quelques temps, nous restreignons l’ouverture des commentaires sur nos billets, pour des raisons qui nous appartiennent. Ce n’est pas notre démarche initiale, mais elle nous semble maintenant appropriée.
Je voulais donc rappeler que ce n’est pas un hasard si certains fils sont ouverts et d’autres non. Nous vous demandons de respecter cela et de ne pas faire de commentaires sur un billet où ils sont fermés dans un billet où ils sont ouverts.
A partir de maintenant, si vous avez des commentaires, aussi intéressants soient-ils pour nous et les autres (et ils peuvent l’être, c’est vrai), merci de nous envoyer un mail. Nous en tiendrons compte si nous le jugeons utile. Nous les relaierons, voire les publierons.
Mais il n’est plus possible de le faire à la sauvage, dans un coin de post sans rapport.
Merci à tous.

Econoclaste se met au Creative Commmons

A compter de ce jour, tous les documents du site sont « protégés » par une licence de type Creative Commons.
Pour ceux qui ne connaissent pas, ça veut dire, en deux mots, qu’on veut pas verrouiller ce qui est sur le site par une conception classique du droit d’auteur. Si ce qu’on raconte peut servir, on est tout à fait diposé à ce que ça le fasse. Mais à condition que d’autres ne s’approprient pas commercialement notre création.

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