Incompréhensions courantes de l’analyse économique

Il n’y a pas longtemps, un de mes collègues, qui n’est pas économiste mais vient parfois s’égarer sur ce blog, m’a fait part de sa surprise à propos du récent post présentant entre autre l’idée de perte sèche de noël. « Il y a quelque chose qui ne me paraît pas clair », m’a-t-il dit. « Je ne comprends pas quelle perte il y a pour l’économie dans le fait d’offrir à quelqu’un un objet pour lequel il n’aurait pas été disposé à payer. Après tout, du point de vue du vendeur, peu importe que son produit soit vendu à quelqu’un qui ne le désirait pas, l’essentiel est qu’il soit acheté ».

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A voir aujourd’hui

Des photos des cinq routes les plus dangereuses du monde. Impressionnant… (via PSD blog).

Les revenus de 2008 ne seront pas imposés : Ce n’est pas forcément une très bonne idée, si l’on en croit Telos; mais les économistes seront ravis de bénéficier d’une expérience naturelle faite sur 60 millions de cobayes consentants.

fisking Alain Faujas

Le bonnet d’âne du jour est décerné à Alain Faujas, du Monde, pour l’article « une Europe protectionniste? » dans le Monde d’aujourd’hui, dont la conclusion mérite la médaille d’or de l’ignorance économique :

Cela permettrait aussi de régler un vieux compte avec l’économiste David Ricardo (1772-1823) qui, dans sa théorie de l’avantage comparatif, conseille à chaque pays de se spécialiser là où il excelle. Mais comme la Chine se « spécialise » dans tous les domaines, grâce à ses salaires et son yuan très bas, pas question de lui laisser le champ libre !

Ce à quoi la réponse ne peut qu’être qu’un hoquet consterné.

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Point commun

Trois bonnes lectures du jour

Thomas Piketty sur la question du pouvoir d’achat et de l’indice des prix. Clair et pertinent. Cela stoppera-t-il les polémiques sur les questions d’indice des prix et de pouvoir d’achat? Ca m’étonnerait.

Sebastian Mallaby sur le rôle bénéfique des hedge funds. Il s’agit d’une version résumée d’un très intéressant article de Foreign Affairs. Le sujet avait été abordé ici récemment (voir notamment les commentaires de JCK dans ce post).

James Surowiecki sur l’invraisemblable coût économique de Noël. Un marronnier des économistes (B. Salanié y avait consacré un post l’an dernier). Sur le sujet, l’article de référence reste Waldfogel et sa mesure de la perte sèche de Noël.

Tous les individus réagissent aux incitations. oui, vraiment tous.

L’une des critiques souvent faites aux économistes porte sur l’idée de rationalité. Les individus, dans la vraie vie, ne sont pas rationnels, entend-on. Et pourtant.

Quand on voit qu’un individu peut à la fois tenir ce genre d’interview tout en appliquant un comportement économiquement rationnel (dixit Mankiw), on se dit que la rationalité économique est plus répandue qu’on ne le pense ordinairement. En tous les cas, je dois m’inscrire en faux contre la définition d’Antoine Belgodère : la rationalité, c’est parfois aussi, quand ça tourne beaucoup.

Pinochet et l’économie chilienne

On peut parfois reprocher à The Economist des parti-pris excessifs dans ses articles, nuisant à leur qualité; mais il faut aussi savoir le féliciter lorsqu’il sait prendre des positions claires. Sur ce plan, l’article consacré cette semaine à Pinochet et ses politiques mérite des éloges, car il établit quelques vérités, et ne sombre pas dans l’éloge déplacé du « dictateur aux bonnes politiques économiques » d’une Margaret Thatcher.
Il existe en effet une légende sur Pinochet : certes, il s’agissait d’un tyran ayant présidé à de nombreux crimes; mais en matière économique, il peut se targuer de quelques succès du fait des politiques des « Chicago Boys », ces jeunes docteurs de l’université de Santiago tout juste revenus d’un an à l’université de Chicago et appelés pour gérer l’économie nationale après le coup d’Etat de 1973. L’interprétation de cette légende est variable : pour les uns, c’est une façon d’absoudre partiellement Pinochet, et de montrer que les réformes économiques douloureuses, cela fonctionne; pour eux Pinochet est le sauveur de l’économie chilienne qu’Allende poussait vers le communisme. pour les autres, c’est la preuve de l’opposition irréconciliable entre l’économie libérale et la démocratie. Mais quel est l’ampleur exacte des « succès » des politiques économiques sous Pinochet?

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Starbucks contre l’Ethiopie?

Jules de Diner’s Room déplorait récemment la mauvaise qualité du travail journalistique présentant un rapport sur les patrimoines mondiaux; on pourrait reproduire la critique en lisant l’article du Monde daté d’aujourd’hui consacré à la dispute opposant Starbucks et le gouvernement Ethiopien à propos du café.

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La question de la croissance en Europe : Seconde partie, la productivité

Voici le second volet de l’analyse du ralentissement de la croissance en Europe. Rappelons, pour résumer, que la croissance résulte de trois facteurs : la quantité de travail, l’accumulation de capital, et la croissance de la productivité. La première partie de l’analyse était consacrée au travail. On y avait constaté qu’une partie significative de l’écart de croissance et de PIB entre USA et Europe résulte de la différence de quantité de travail entre les deux zones, et présenté diverses explications des causes et des conséquences de ce phénomène. Reste ensuite la question de l’investissement, qui peut être vite réglée : il n’y a pas de retard particulier en matière d’investissement en Europe par rapport aux USA. Au contraire, les taux d’investissement européens ont été supérieurs aux taux américains depuis la seconde guerre mondiale (ce qui s’explique aisément par la nécessité de reconstruction d’après-guerre). A partir des années 90, les USA ont rattrapé leur retard pour atteindre des taux d’investissement voisins de ceux de l’Europe; en tous les cas, il n’y a dans ce domaine aucune trace d’un problème européen.

Il ne reste donc plus que la question de la productivité, ce que les économistes appellent productivité totale des facteurs et qui correspond aux améliorations techniques ou institutionnelles qui rendent le capital et le travail d’un pays plus productifs. Rappelons que sur le long terme, c’est cette productivité totale des facteurs qui détermine l’essentiel (environ 80% d’après Solow) de la croissance économique d’un pays. Qu’en est-il, de ce point de vue, de la croissance européenne?

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Les politiques critiquent la BCE

Optimum s’énerve devant les contradictions de S. Royal, qui (comme d’ailleurs récemment N. Sarkozy et D. de Villepin) reprochent à la banque centrale européenne de pratiquer une politique monétaire exagérément restrictive nuisant à la croissance, tout en se plaignant du niveau trop élevé d’une hausse des prix soi-disant « cachée ». Un discours totalement incohérent, comme le rappelait récemment P. Martin : si l’on trouve l’inflation trop élevée dans la zone euro, la seule chose que puisse faire la Banque Centrale Européenne, c’est mener une politique monétaire restrictive, donc élever encore ses taux directeurs; comment réconcilier cela avec une demande de politique monétaire moins restrictive?

Au delà de cette démagogie de bas étage, on pourrait toutefois remarquer que cela fait référence aux interrogations générales sur la politique de la BCE, et l’élaboration d’une politique de change (rappelons que celle-ci est du ressort des Etats de la zone euro) ou d’une politique économique plus coordonnée en Europe. Mais comme l’indique aujourd’hui Jean Pisani-Ferry sur Telos, ce genre de discours de la part des politiques français va exactement dans le sens inverse.

Nintendo, ou le tranquille triomphe du dernier de la classe

Demain, sort la nouvelle console de jeu de Nintendo, la Wii. celle-ci promet d’être, pour sa sortie, un franc succès. Le seul « point noir » de son lancement, c’est un avertissement : la nouvelle manette de jeu de la console (qui réagit aux mouvements du joueur, permettant par exemple de jouer au tennis virtuel en tenant sa manette comme une raquette) risque d’échapper des mains des joueurs un peu trop enthousiastes, et de partir dans le décor (voire dans le téléviseur, produisant un accident fâcheux). Le succès annoncé de cette sortie couronne une stratégie intelligente : ne pas chercher à être le premier.

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Le cas Maris

Le sujet est probablement d’une importance limitée, mais une affaire picrocholine se développe dans la blogosphère autour de Bernard Maris et de son dernier livre. Léconomiste a tiré le premier avec un billet au vitriol contre Maris, inspiré par la sortie d’un récent livre qui vaut à l’auteur un entretien dans Libération et un passage aux matins sur France culture. Caveat Emptor répond en trouvant la critique excessive et un peu coporatiste; s’ensuit un débat très intéressant sur la question de la gratuité, relevé par François. Versac s’amuse de mon commentaire lapidaire sur Maris; aujourd’hui, Guillermo prend une défense modérée de Maris. Il y a largement de quoi lire; je vais donc me contenter d’expliquer ce que j’ai apprécié, autrefois, chez Bernard Maris : et pourquoi ce n’est plus le cas désormais. Désolé de raconter ma vie, mais n’est-ce pas ce à quoi servent les blogs avant tout?

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La question de la croissance en Europe; Première partie, le temps de travail.

De l’après-guerre au début des années 90, la croissance européenne par habitant a été plus rapide que celle des USA. A partir du milieu des années 90, la tendance s’est inversée; d’un côté, la croissance américaine s’est accélérée, après avoir ralenti au cours des années 70 et 80; dans le même temps, la croissance européenne a ralenti. Il convient de bien préciser ce que l’on veut dire par là. Par exemple, la croissance totale des USA semble nettement plus élevée que l’Européenne, mais cela ne prend pas en compte la différence de dynamique démographique entre les zones; et ce qui compte est la croissance du PIB par habitant, celle du PIB total n’ayant d’intérêt que de façon très périphérique, ou pour des questions particulières comme la défense.
Mais le ralentissement relatif européen se constate également en PIB par habitant; pour la zone euro, celle-ci a été inférieure de 0.4 point par an à celle des USA au cours des 10 dernières années. Cet écart peut sembler faible et il est peu perceptible : mais à long terme, un tel écart crée des différences considérables; le PIB par habitant européen est aujourd’hui à 70% de celui des USA, et cet écart pourrait considérablement s’agrandir. Il faut ajouter que ce n’est pas vraiment la comparaison avec les USA qui est importante, mais la capacité de l’Europe à croître à long terme. Non seulement la stagnation économique a des conséquences sociales très dommageables,mais l’Europe va bientôt être confrontée au vieillissement de la population et à la croissance des dépenses de santé qui seront difficiles à supporter avec une croissance économique trop faible. La croissance économique résulte de la combinaison de trois facteurs : l’accumulation de capital, le nombre d’heures travaillées, et l’évolution technique (ce que les économistes appellent la productivité totale des facteurs). Il apparaît que la plus faible croissance européenne provient de deux facteurs parmi ceux-ci : le travail et l’évolution technique. Pour cette première partie, voyons la question du travail.

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Petit jeu rapide

Via Samuel Brittan, une petite question d’analyse économique.

Un explorateur se retrouve sur une île isolée, et il y achète un repas à un autochtone. Il paie son repas par chèque. Les autochtones, très impressionnés par les jolis dessins du chèque, se l’échangent mutuellement et le conservent sans jamais chercher à l’encaisser. Au bout du compte, qui a payé le repas de l’explorateur?

Courrier des lecteurs : importer est-il mauvais pour la croissance?

Une lectrice nous a récemment envoyé par courrier cette question :

Pourriez-vous nous dire ce que vous pensez de ce genre d’analyse sur votre blog?
(je ne comprends pas pourquoi le fait de consommer des produits majoritairement importés explique la faible croissance française, après tout, les américains aussi consomment beaucoup de produits importés non?)

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Quelques chiffres sur l’énergie et le réchauffement climatique

Divers articles récents fournissent des ordres de grandeur chiffrés sur la consommation d’énergie d’ici 2050. En les mettant bout à bout, la question apparait comme l’un des défis majeurs des années à venir.

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Article au "Monde" du 14 novembre : la démographie ne résoudra pas le problème du chômage

Pendant mon absence, a été publié dans le supplément « économie » du Monde du 14 novembre un article que j’avais co-écrit avec Verel, camarade de Lieu Commun intitulé « emploi : le choc démographique ne résout rien« . L’article est accessible en ligne, mais nécessite un abonnement aux archives du journal; Verel en a publié le texte intégral sur son blog. Quelques éléments supplémentaires pour développer ce sujet.

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Protection sociale et prison sont-elles substituables?

On attribue à l’économiste Robert Solow l’aphorisme suivant : « la prison, c’est l’allocation chômage américaine ». Cette phrase trouve un fondement empirique avec une récente étude, citée par Mark Thoma à partir d’un article du Guardian, qui montre qu’il existe une corrélation inverse, significative, et sur une période longue, entre taux d’emprisonnement et niveau de protection sociale. En clair : plus le taux d’emprisonnement est fort, plus le niveau de protection sociale est faible, et inversement.

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Le meilleur article d’aujourd’hui…

… Est ce portrait de Milton Friedman, par Robert H. Frank, dans le New York Times d’aujourd’hui. L’article présente Milton Friedman, saint patron du conservatisme et du laissez-faire, comme paradoxalement l’inventeur du programme social le plus efficace de tous les temps : l’impôt négatif. Conclusion de l’article :

Selon tous ceux qui le connaissaient, Milton Friedman était un homme généreux et compatissant, quelqu’un de particulièrement conscient du rôle de la chance pour la prospérité des gens que la plupart de ses disciples. Les étudiants attentifs de son oeuvre seront bien inspirés non pas de démanteler les systèmes de protection sociale, mais de trouver les moyens de les rendre plus efficaces.

L’article notable du jour

Dans le Financial Times (ma traduction) :

Les pauvres chinois se sont appauvris à une période ou le pays connaissait une croissance substancielle, d’après un économiste de la Banque Mondiale. Le revenu réel des 10% les plus pauvres des 1.3 milliards de chinois a baissé de 2.4% entre 2001 et 2003, d’après l’analyse, une période durant laquelle l’économie a crû a près de 10% par an. Au même moment, le revenu des 10% de chinois les plus riches a augmenté de plus de 16%. (…) L’analyse suggère qu’un nombre considérable de personnes sous le seuil de pauvreté ont été victimes d’un choc de revenu – ils n’ont pu maintenir leur consommation qu’en dépensant leur épargne.

L’article se poursuit en constatant que cette tendance est probablement sous-évaluée…

EDIT : Géographe du Monde illustre le sujet.