N’enterrons pas IS-LM

Dans sa chronique de samedi dernier, Eric Le Boucher s’intéresse à des scénarios possibles pour l’économie mondiale; au passage, il affirme que selon « les économistes » pensent que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, caractérisée par la mondialisation, la fin de l’inflation, et un excès mondial d’épargne; il cite à ce sujet le conseiller économique du président américain, Ben Bernanke. Comme toujours, lorsqu’une phrase commence par « les économistes » et suggère qu’ils sont tous d’accord, il y a certainement là un débat qui fait rage et sur lequel il y a beaucoup d’opinions discordantes. Sur ce sujet, la question est par exemple de savoir s’il y a effectivement excès d’épargne ou insuffisance d’investissement, due au contrecoup des excès d’investissements des entreprises lors de la bulle internet. Mais surtout, il ne faut pas négliger les questions monétaires. Et si tout simplement, le monde connaissait un excès de liquidité? C’est là qu’intervient le modèle IS-LM.

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Quand nouvelles technologies de l’information ne riment plus avec liberté

Yahoo! est accusé de collaborer avec zèle avec le gouvernement chinois pour faire de l’Internet local une version pour le moins différente de celle dont dispose la plupart des pays du monde (si tant est, bien sûr, qu’on puisse s’y connecter). Si les faits sont avérés, la conséquence directe est une condamnation à 10 ans de prison d’un journaliste chinois. Peu glorieux…
Faire le jeu de ceux qui n’ont comme seule ambition que de limiter l’étendue de votre marché, voilà en tout cas une variante de stratégie de first mover que Varian ne cite pas dans son ouvrage sur l’économie des technologies de l’information. Voilà aussi qui contrasterait (le zèle de Yahoo! dans cette affaire n’est pas encore démontré) avec l’énergie déployée par la firme dans le passé pour défendre les droits de l’homme en France (voir cette vieille news). Sommée de contrôler l’accès à certains sites vendant des objets « sensibles », « Yahoo ! avait défendu bec et ongles la possibilité d’acheter en ligne des  » reliques  » nazies, au nom de la liberté d’expression et tant que ces transactions étaient légales. » Je précise que mon point de vue personnel était identique, je ne suis par exemple pas un grand fan de la loi Gayssot, pour des raisons – courantes – qu’il serait trop long de préciser ici.
Ceci ferait presque rire si un type ne devait passer 10 ans en taule (avec les remises de peine à la chinoise, ça lui fera 13 ou 14 ans…).
En attendant, Yahoo! se défend d’avoir fait autre chose que respecter la loi chinoise. Il faut espérer que c’est bien le cas. Drôle de business model sinon, pour une société de l’Internet Affaire à suivre.

Les études ne coûtent pas assez cher

Dans Le Monde daté du 14/09, Daniel Cohen évoque le classement, selon ses propres termes, infâmant, des universités françaises et européennes dans les classements internationaux. Il évoque diverses politiques européennes (la création de « 5 ou 10 Harvard ») qui seraient susceptibles d’améliorer le fonctionnement de l’enseignement supérieur. Pourtant, il est un aspect qu’il néglige totalement : le coût dramatiquement faible des études, qui paupérise les établissements d’enseignement supérieur et conduit à de lourds gaspillages.

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On va dire que j’insiste…

A propos du reclassement en Hongrie proposé aux salariés de Thédis, boîte qui vend des échelles, un article du Monde revient sur l’affaire. Et j’y trouve quelques mots de patrons locaux plus dignes que ceux du rigolo de la dernière fois : « La brutalité de la méthode a ‘choqué’ le patronat local qui s’en désolidarise. ‘Quand la loi est mal faite, elle peut entraîner des réactions inhabituelles et qui ne sont pas bonnes, note Daniel Ghanal, délégué général du Medef du Doubs. Mais celle-ci n’est pas supportable, pas concevable. Sur le fond, c’est dégradant et on ne se reconnaît pas là-dedans. Ce n’est pas l’image du patronat et du chef d’entreprise telle qu’on la conçoit. Comme dans tous les métiers, il y a des gens pas forcément intéressants parmi nous.’ « 
Oh… Je vous vois venir… Des patrons cathos etc… Peut-être. Who cares ?

Les performances de la France et de l’Allemagne

Si l’on voulait parler de pays à l’économie florissante et prometteuse, peu de gens penseraient aujourd’hui à évoquer la France et l’Allemagne. Un taux de chômage élevé depuis longtemps, un endettement public croissant, des dirigeants en bout de course, une population vieillissante… Et pourtant.

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Becker sauvé des eaux ?

A la lecture de ce billet de Becker, je me dis que ce n’est pas le genre de production qui va améliorer la popularité des économistes chez les non initiés. En fait, ce texte est un archétype de Beckerisme. La méthode est élégante et, sans aucun doute, pertinente et cohérente à bien des égards. Pourtant, au milieu, en regardant bien, on a cette étrange sensation que ce type vit sur une autre planète, puisqu’il explique très sérieusement qu’il ne faut pas aider les victimes de catastrophes naturelles (je grossis le trait, mais c’est un peu cela). Et, en regardant d’encore plus près, on se rend compte que, contrairement à un paquet de gens, il ne semble pas avoir vu les pauvres au milieu de l’eau ! Car, que nous dit Becker ? Il explique que la décision de localisation des agents devrait se faire selon un calcul de coûts-bénéfices (en univers probabiliste, sur la base d’espérances mathématiques). Jusque là, si on accepte ce mode de raisonnement, pas de problème. Il en déduit que tout ce qui ressemble à une forme d’assurance gratuite, sous la forme notamment de l’indemnisation accordée par l’Etat fédéral en cas de catastrophe, est de nature à biaiser les décisions des agents, dans la mesure où, anticipant une aide en cas de sinistre, les individus ne tiendront pas compte des coûts engendrés par celui-ci (ben, oui, ils ne les supportent pas vraiment).

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Il faut avoir peur de la grippe aviaire

Bernard Salanié, à partir d’un dossier de Foreign Affairs, s’inquiète particulièrement des conséquences potentielles de l’actuelle épidémie de grippe aviaire. C’est à juste titre. Alors que les conséquences de l’ouragan Katrina devraient nous rappeler que les premiers dangers qui menacent l’humanité sont naturels et inévitables, et que nous devons agir aujourd’hui non pas en se demandant si les catastrophes vont survenir, mais en sachant qu’elles surviendront, il est temps de comprendre quelles sont les conséquences potentielles de la grippe.

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Une relecture qui serait malheureusement profitable

Avant même que tout le monde ne se réveille dans l’Amérique anti-Bush (et ailleurs), certains se seront sûrement demandés pourquoi des tas de gens n’avaient pas quitté la Nouvelle Orleans avant l’arrivée de l’ouragan. Avant les premières images, j’ai pour ma part craint ce qu’elles ont confirmé. Ceux qui ne sont pas partis l’ont rarement fait par romantisme, mais par manque de moyens de le faire. Manque de moyens de transport, mais, c’est une hypothèse que je formule (je n’ai rien lu ou entendu à ce sujet), par crainte que le peu de biens qu’ils possédaient soient pillés. Hier, ma grand mère, qui a forcément un avis sur tout, me disait (comme d’autres le formulaient plus perversement dans les media) « Mais c’est pas possible un truc pareil dans le plus puissant pays du monde ! ». Ce à quoi je lui ai répondu que, de la même façon qu’il n’était pas rationnel d’entretenir une flotte de Canadairs capable d’éteindre n’importe quel incendie de forêt dans l’heure qui suit, il n’était pas forcément intéressant de se protéger contre l’éventualité d’un évènement incertain de l’ampleur de Katrina.

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Les lois de la condition humaine, les mots et Parisot

Récemment, je me disais que Parisot, ça avait tout de même plus de gueule que Seillère. Non pas que j’ai eu une quelconque sympathie pour cette dame , que je ne connaissais pas ou presque. Encore moins parce qu’il s’agit d’une femme (en la matière, j’applique la parité depuis longtemps ; porter des jupes, fussent-elles courtes, n’a jamais eu une influence significative sur moi – du moins dans le cadre professionnel). Mais, franchement, être plus détestable humainement que le baron et nuisible pour le dialogue social dans ce pays, relevait de la gageure ou… d’une certaine forme de syndicalisme ouvrier.

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Les économistes connaissent-ils vraiment leur discipline?

Bernard Salanié et Marginal Revolution font état d’un intéressant article de Robert Frank dans lequel celui-ci constate à partir d’une récente étude que les économistes, bien souvent, ne comprennent pas les concepts mêmes qu’ils utilisent, en l’occurence le coût d’opportunité. L’exemple donné est assez navrant car l’un des principaux problèmes rencontrés lorsqu’on cherche à enseigner l’économie, et qui fait la différence entre le raisonnement scientifique et le café du commerce à base « d’impôts qui détruisent les richesses » ou autres « il faut augmenter les salaires et interdire les licenciements pour relancer la demande », c’est précisément que l’économie est fondée sur des concepts compréhensibles, mais dont l’utilisation spontanée n’est pas aisée, comme le coût d’opportunité (ou cet autre enfer pédagogique qu’est l’avantage comparatif, l’expérience montrant d’ailleurs que de nombreux économistes ne comprennent pas celui-ci). Le premier devoir de l’enseignant en économie devrait être de démontrer aux élèves que les raisonnements rigoureux et logiques ont des résultats parfois contre-intuitifs, et qu’en matière économique, il n’y a rien de plus dangereux que les préjugés et les sophismes apparemment « intuitifs ».

Cela dit, cet épisode rappelle un moment fameux de l’histoire de la pensée économique. Pour comprendre celui-ci, répondez à ce test.
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