Economie de l’ignorance. Et inversement.

Le Monde diplomatique a publié dans son numéro de février 2005 un article titré « L’imposture ». Il revient sur le fait que le prix Nobel d’Economie n’en est pas exactement un. Je remercie Emmanuel de Ceteris Paribus de me l »avoir fait parvenir (ainsi que le lecteur de son blog qui le lui a signalé) Et c’est exact, dans un sens historique. Alfred Nobel n’a jamais créé de prix d’économie. Comme le rappelle le journal  » La voix de M. Peter Nobel, un des héritiers du fondateur Alfred Nobel, s’est ajoutée au concert de protestations de scientifiques de plus en plus nombreux contre la confusion entourant le  » prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel  » « , appelé communément « Prix Nobel d’économie » et créé en 1969.
Où serait le problème ? A en lire l’article, l’économie n’est pas une « science », mais une « profession ». Ceux qui me lisent, auront noté que j’emploie souvent le terme « discipline » pour caractériser l’économie. C’est que je ne mets pas l’économie sur le même plan que la science physique. Soit. Mais, si je voulais jouer les crétins, je vous demanderais en quoi la « paix » ou la « littérature » ont, elles, le caractère de science exacte.

Blague à part (mais à peine), le problème de fond serait que, toujours selon l’héritier de Nobel cité par l’article,  » ‘Les deux tiers des prix de la Banque de Suède ont été remis aux économistes américains de l’école de Chicago, dont les modèles mathématiques servent à spéculer sur les marchés d’actions ‘ à l’opposé des intentions d’Alfred Nobel, qui entendait améliorer la condition humaine.’ « 
L’article ne commente absolument pas cette phrase. L’héritier de Nobel serait-il économiste ? Si c’est le cas, il y a peu de chances qu’il obtienne un jour le prix d’économie. Sinon, c’est simplement un menteur ou un ignorant. Et l’auteur de l’article avec.
Pourquoi ? Prenons les points évoqués un par un.
1 – les deux tiers des prix de la Banque de Suède ont été remis aux économistes de l’école de Chicago.
Depuis 1969, le prix Nobel a récompensé 53 économistes (du fait des co-lauréats, assez nombreux). Si deux tiers sont de l’école de Chicago, alors un tiers n’y est pas affilié. Donc, si je trouve plus qu’un tiers n’étant pas affilié à Chicago, Peter Nobel se trompe. Quand je dis « affilié », c’est appartenant à ladite université (ce qui ne correspond pas nécessairement à une orientation idéologique marquée, comme dans le cas de Heckman par exemple) ou classable dans l’école de Chicago, même au sens large. Soit plus de 18. Allons-y…
– Engle (2003) : économètre, sans lien évident avec la pensée Chicago
– Granger (2003) : idem
– Kahneman (2002) : il fait de la psychoéconomie, ce que l’auteur de l’article classe implicitement « bonne économie »…
– Smith (2002) : idem
– Akerlof (2001) : absolument pas lié à Chicago, classé nouveau keynésien
– Spence (2001) : idem
– Stiglitz (2001) : est-il nécessaire de commenter ?
– Mc Fadden (2000) : non affilié
– Sen (1998) : no comment
– Mirrless (1996) : travaux sur l’information asymétrique…
– Vickrey ( 1996) : idem
– Harsanyi (1994) : spécialiste de théorie des jeux…
– Nash (1994 ) : idem
– Selten (1994) : idem
– Haavelmo (1987) : keynésien à l’ancienne
– Solow (1987) : classé keynésien pour toute son oeuvre, sauf sa théorie de la croissance. Emarge au MIT…
– Modigliani (1985) : keynésien à l’ancienne
– Stone (1984) : idem
– Tobin (1981) : idem
– Klein (1980) : idem
– Lewis (1979) : économiste du développement. Non suspect…
– Simon (1978) : non affilié
– Ohlin (1977) : en dépit de sa contribution au modèle HOS, il serait absurde de le mettre sur une photo avec Becker ou Lucas
– Meade (1977) : keynésien de la première heure
– Kantorovich (1975) : soviétique. Ca devrait suffire, non ? Modèles mathématiques et économètre, mais non affiliable.
– Koopmans (1975) : économètre, élève de Tinbergen
– Myrdal (1974) : alors si lui en est…
– Leontiev (1973) : un économiste de Chicago fabrique-t-il des tableaux entrées-sorties pour le plan ?
– Hicks (1972) : pote à Keynes
– Cas particulier : Arrow (1972). Son nom est connu pour le modèle Arrow-Debreu, mais il ne serait pas classable à Chicago sans cela. Je le compte parmi les vilains cependant… Pas besoin d’un gars de plus…
– Kuznets (1971) : pas du tout…
– Samuelson (1970) : allez lui dire qu’il en est…
– Frisch (1969) : nullement
– Tinbergen (1969) : nullement

Ca fait donc… 34. Il y en a donc 19 de Chicago ou assimilables (j’ai mis le père Allais dedans, juste pour faire râler ses fans). On est loin des 2/3. Une rapide analyse montre par ailleurs que l’Université de Chicago a été récompensée de manière régulière, et pas forcément plus dans les dernières années.

2 – « dont les modèles mathématiques servent à spéculer sur les marchés d’actions « 
Sans reprendre la liste, on doit pouvoir compter dans le lot : Sharpe, Miller, Markowitz, Merton et Scholes, qui se sont souciés de finance. Au final, ils sont plus nombreux à avoir traité du développement économique et de la lutte contre la pauvreté qu’à avoir écrit des modèles de valorisation des actifs.

3 – « à l’opposé des intentions d’Alfred Nobel, qui entendait améliorer la condition humaine. »
Là , ça devient très intéressant. Cela signifie que les économistes de Chicago, qui éventuellement font des modèles de finance sont « opposés » à l’amélioration de la condition humaine. Comme si le simple fait de rechercher le principe de fonctionnement des marchés financiers était une preuve que l’on est contre l’amélioration de la condition humaine. Allez demander à tous les économistes qui se penchent sur le fonctionnement des marchés financiers ce qu’ils en pensent. Vous trouverez une bonne brochette de gens qui vous diront que ce qui les intéressent n’est pas de gagner du fric, mais de savoir comment ça marche et de s’en servir pour que ça marche bien pour tous.

Conclusion personnelle : je me fous de savoir si le prix Nobel d’économie est légitime ou non. En revanche, je constate que ceux qui en parlent ne savent pas de quoi ils parlent. Ce qui tendrait à montrer que le prix Nobel d’économie est bien légitime, puisqu’il partage avec la discipline qu’il récompense ce triste privilège de faire parler à tort et à travers.

En fait, l’article n’est qu’une énième gesticulation sans intérêt. Autres extraits d’anthologie : « La vieille question de savoir si l’économie est une science ou une profession refait surface. La plupart de ses  » principes  » n’étant pas soumis à l’épreuve, alors que le sont les lois de la physique grâce auxquelles on peut envoyer une fusée sur la Lune, il s’agit plutôt d’une profession. On peut par exemple démontrer que le  » principe  » dit  » optimum de Pareto  » ignore la question de la distribution préalable des richesses, du pouvoir et de l’information, conduisant ainsi à des résultats sociaux injustes. La présentation mathématisée de ces concepts sert souvent à masquer leur idéologie sous-jacente ».
Il faut le répéter : personne n’a jamais dit qu’un optimum de Pareto était une situation parfaite. Les économistes disent simplement qu’une économie comprend généralement deux catégories de situations : une où on peut encore améliorer le sort de tout le monde sans nuire à autrui (des allocations « non efficaces ») et une autre catégorie où l’on peut encore améliorer le sort d’au moins un individu sans nuire à celui des autres (les allocations efficaces, optima de Pareto). Il y a souvent plusieurs optima de Pareto. Et rien ne dit que celui qui est atteint spontanément est socialement juste. Par exemple, si dans une économie, j’ai tout et vous rien, améliorer la répartition conduit à dévaloriser ma situation et valoriser la vôtre. Mais cela signifie simplement que l’on est à UN optimum de Pareto, pas qu’il faut y rester. Ce que dit la théorie, c’est que partant de ce point, il serait acceptable du point de vue de l’efficacité de trouver un autre point où les ressources seraient réparties plus équitablement, mais à la condition que ce point ait aussi la même propriété de ne pas permettre à partir de lui d’améliorer le sort de quelqu’un sans nuire à autrui. Il n’y a d’une part rien de scandaleux à cela. D’autre part, de longue date, les économistes ont cerné les limites du concept, en particulier la difficulté à atteindre un optimum de Pareto. Bref, l’histoire ne s’arrête pas là . On peut recommander la lecture de Sen pour avoir un aperçu de ces réflexions. Au fait, ce brave homme sait-il ce que le tout étudiant apprend en anecdote de son cours de micro, à savoir que Léon Walras était socialiste ?

Je fatigue. Je devrais pour continuer le commentaire, citer in extenso l’article. On y lit que les neuroscientifiques ont découvert que l’homme n’est pas rationnel, mais chimiquement mûs par la confiance et le besoin de coopérer. L’économie n’a pas attendu les neurosciences pour le prendre en compte… On sait déjà qu’Adam Smith a mis ce point au coeur de son raisonnement, au même niveau que le calcul des intérêts. Des tas d’économistes, orthodoxes ou non, se sont questionnés sur les ressorts de la confiance, avec des interprétations diverses, notamment sur la façon de la créer. Mais ce n’est pas comme si cela était exclu du champ ! Même les auteurs néoinstitutionnalistes sont contraints, par une voie détournée, d’y faire référence. Toute l’économie est finalement résumée par cet article à une bande de Becker organisée.

La suite est dantesque. Est citée en exemple la théorie des jeux comme un contre-exemple de… l’économie mathématique ! Les bras m’en tombent.

Et puis, c’est au tour de l’absence d’altruisme… Il est d’une simplicité enfantine d’intégrer des motifs altrsuites dans le plus stupide des modèles néoclassiques. D’ailleurs, le fameux théorème d’équivalence ricardienne de Barro est basé pour partie sur l’altruisme entre parents et enfants. De ces détails, il n’est nullement question. Comme si, ce que l’auteur cherche à démontrer, l’économie, dès lors qu’elle utilise des maths, était une science inhumaine. Darwin est ensuite appelé à la rescousse à contre-emploi, histoire de dire qu’en fait, il aurait réfuté le darwinisme social. Ah, d’accord… Mais, quel rapport avec l’économie MATHEMATIQUE ? Les seuls auteurs qu’on puisse rattacher à une notion de « darwinisme social » sont les autrichiens. Or, ils refusent en bloc… la modélisation mathématique.

La réalité de la subversion économique dans les médias français, c’est qu’elle est essentiellement le fait de gens qui ne savent absolument pas de quoi ils parlent. Ca me rend malade de me retrouver comme un idiot à écrire ce que je viens d’écrire, à corriger les absurdités pondues par un journal vendu à je ne sais combien d’exemplaires. Je ne devrais pas avoir à consacrer du temps à ce genre de choses (surtout vu le rendement de mon investissement). J’ai passé l’âge. A 20 ans, ça amuse. Il vient un moment où on a d’autres trucs à faire. Si c’est sur ce genre de personnes que reposent le destin des faibles, ils sont mal barrés.

Econoclaste, les Econoclastes et autres considérations assez nombrilistes

La réception d’un mail nous faisant remarquer qu’il y avait confusion entre les auteurs du livre « Petit bréviaire des idées reçues en économie », appelés les « Econoclastes » me fait revenir sur ce point, une énième fois pour faire de nouveau le point sur cette question et évoquer au passage d’autres sujets, d’une façon que j’essaierai de rendre la moins égocentrique possible (mais ça va être franchement dur). Nous avons créé le site fin 1999. A l’époque, les Econoclastes n’existaient pas encore (enfin, en tant que collectif…). On ne pourra donc pas nous accuser d’usurpation d’identité. Enfin, en ce qui les concerne ! Car, en réalité, le titre « Econoclaste » était celui d’une émission de France 5. Or, nous ne connaissions pas ladite émission. Il est donc hors de question de prétendre qu’ils aient pu usurper volontairement le nom. C’est peut-être le cas, là n’est pas la question, à notre sens. Ils ont au moins autant d’excuses que nous ! Dans l’absolu, c’est à eux qu’il faudrait le demander ! Je dis que ce n’est pas la question pour plusieurs raisons.
Les histoires de marques nous passent par dessus la tête. Que je sache, nous ne faisons pas de commerce. Si demain un petit malin s’amusait à déposer la marque et à nous interdire son usage, nous changerions de nom, point. Sur un plan juridique, c’est tout ce qu’il pourrait faire.
C’est finalement un nom auquel nous ne sommes pas si attachés que ça. Des critiques nous ont été régulièrement adressées sur le caractère mensonger du terme, eu égard du contenu de notre site qui serait d’un libéralisme échevelé et afflligeant. A ceux là , on pourra répondre deux choses : la première, c’est qu’en France, revendiquer une approche main stream de l’économie n’a rien de si courant. Ces gens ne constatent-ils pas à quel point ils vont dans le sens du vent ? Que lisent-ils comme livres ? Que trouvent-ils en guise d’essais économiques à la FNAC neuf fois sur dix ? Du blabla à la Minc, Todd, Forrester et consorts. Des textes qui disent soit qu’il n’y a pas assez d’Etat, soit qu’il y en a trop, que les Etats Unis sont le plus beau ou le plus laid pays du monde, qui donnent des solutions clés en main pour sauver l’Afrique. Le tout basé sur du vent théorique. Et sans théorie, pas de travail empirique sérieux (l’inverse étant vrai). Dans ce paysage, nous revendiquons bien une approche qui casse les idées reçues, ce qui, on le reconnaîtra, n’a pas grand chose de glorieux. C’est finalement assez facile.
Certains nous reprochent aussi de vouloir neutraliser le monde social par le réductionnisme de nos analyses, de mépriser les autres sciences sociales et les problèmes de société. Ils n’ont rien compris.
Il y a deux catégories de critiques de ce genre : ceux qui se placent sur un plan scientifique et refuse l’idée que l’économie soit constituée en discipline autonome. Comme ils ne proposent pas à ce jour une science sociale universelle performante, nous ne pouvons souscrire à leur point de vue. Nous ne sommes absolument pas fermés aux apports des autres disciplines et nous ne considérons pas l’économie comme la seule science sociale digne d’intérêt. Nous l’affirmons et personne n’a le droit de nous contredire, puisque c’est ce que nous pensons et revendiquons. Il se trouve néanmoins que la discipline que nous connaissons le mieux est l’économie. Donc, nous parlons de ça et pas beaucoup d’autre chose.
Il y a ceux ensuite qui pensent nous connaître parce qu’ils connaissent le site. Nous sommes tantôt de dangereux scientistes, de terribles communistes propagandistes masqués, des ultralibéraux sans coeur au service du grand capital ou simplement de petits bourgeois parisianistes déconnectés de la réalité sociale. N’ayant pas l’intention de passer mes vacances avec ce genre de guignols, je ne leur démontrerai pas le contraire. J’invite simplement les gens doués d’intelligece à distinguer ce que nous faisons ici publiquement et ce que nous pouvons être par ailleurs. Ce sera bien plus instructif.
Il y a enfin une dernière catégorie, qui considèrent que nous sommes des bouffons, qui sous couvert de légèreté distillent une idéologie vide, cachée derrière l’apparence de la rigueur. Que dire ? Que nous vous invitons tous à multiplier les sources d’information pour ne pas vous laisser abuser par nos biais idéologiques et nos insuffisances scientifiques. Personne ne contrôle notre travail, nous n’avons pas le jugement de pairs pour certifier la qualité de nos dires. Mais ça, c’est en quelque sorte votre boulot ! Certains l’ont compris. Parmi eux, il en est qui n’hésitent pas à nous écrire pour demander des précisions ou faire remarquer des incohérences. Et c’est parfait comme ça.
Que pouvons nous faire ? Nous taire sous prétexte que nous pouvons nous tromper ? Désolé, mais quand je vois le manque de rigueur de certains livres, journaux ou sites Internet, je n’ai pas le sentiment que nous faisons tache au milieu. En conséquence de quoi, il serait opportun d’éviter les procès d’intention, ou de démontrer clairement qu’ils sont fondés. La réalité est qu’à ce jour, nous n’avons que trop rarement reçu des critiques constructives, qui nous poussent à nous remettre fondamentalement en question. Récemment, Jacques Sapir nous a écrit pour nous faire remarquer qu’Alexandre avait critiqué un de ses livres de façon assez incomplète et finalement injuste sur certains points (au surplus, j’avais donné une référence d’édition erronée, avec un manque de rigueur inacceptable). Nous en avons tiré des leçons sur la façon dont nous écrivons nos chroniques et nous lui sommes reconnaissants de nous avoir adressés cette protestation.
Pour en revenir à Econoclaste et au peu d’intérêt que nous portons finalement à ce nom, force est de reconnaître qu’il est assez bidon. Il sonne un peu comme une raffarinade de base. La faute probablement à un brainstorming insuffisamment long au moment de choisir le nom. Bon, maintenant, c’est comme un chien qui s’appelle Rex. Si on le siffle en lui donnant du « Milou », il ne bronchera pas. Donc on garde encore ce sobriquet.
En ce qui concerne les auteurs Econoclastes, je rappelle quelques points.
Il serait absurde de considérer qu’ils ont cherché à user de notre notoriété. Ils sont plus connus que nous ! Emanant du mouvement des étudiants pour la réforme de l’enseignement de l’économie, ils avaient déjà une renommée incroyablement plus importante que la nôtre ! Si vous avez bien lu le début de ce post, vosu aurez aussi compris que nous n’avons pas cherché à créer une confusion pour récupérer leur célébrité.
Si vous pensez que nous sommes aux antipodes, c’est plus compliqué. Dire que nous avons des divergences est exact. Considérer que nous n’avons aucun point commun est délirant. D’abord, il se trouve que nous connaissons certains d’entre eux. Et même si nous ne nous fréquentons plus, nous avons partagé de nombreux moments en tant qu’étudiants studieux et en tant qu’étudiants bourrés. Cette période fait que je ne risque pas de les traiter de sales types, ce qu’ils ne sont pas. Nous avons de nombreuses références communes sur un plan académique et apprécions (ou n’aimons pas) ensemble bon nombre de travaux (c’était du moins le cas à l’époque, mais je doute qu’il ne reste pas un fonds commun).
C’est là que les choses se compliquent néanmoins. Nous avons été très critiques vis-à -vis de leur mouvement à chaque fois que nous l’avons évoqué. Et nous l’avons peu évoqué en fin de compte. Pour deux raisons : le première, c’est que nous étions observateurs discrets, pas acteurs. Personne, à juste titre, n’est venu nous demander notre avis. De plus, à l’époque, nous étions les seuls à faire dans le pseudo éconoclaste, ce qui nous laissaient encore plus en marge. La seconde raison tient à ce que nous avons été déçus de la tournure que prenaient les évènements. Sur le fond, nous étions d’accord avec l’idée de base selon laquelle les cours d’économie pouvaient être modifiés en fac. Mais on sait ce qu’il est advenu des revendications du mouvement : d’une demande de remise à plat de l’approche pédagogique, on a fini sur une chasse au néoclassique matheux. Or, c’était pour nous idiot : d’une demande d’ouverture, on passait à une dénonciation du paradigme en place. Or, ce paradigme n’est pas si dégénéré que ça, puisque quoi qu’ils veuillent en dire, c’est de son sein que se développent lentement mais sûrement des remises en cause, qui ont le grand mérite d’intégrer de nouvelles thématiques en conservant une architecture globale qui permet aux chercheurs de se comprendre. Je ne prendrai que quelques exemples : le renouveau des rendemens croissants en économie, l’attention portée aux réseaux sociaux, l’intégration (ou réintégration) des questions politiques en économie, la place accordée à la psychologie etc. Petit à petit, il semble que la méthodologie néoclassique s’affranchit du modèle Arrow-Debreu. C’est assez lent. Mais c’est comme ça que ça fonctionne. Donc, finalement, il y avait une vraie double question : où va-t-on à force d’enseigner des modèles rudimentaires sans aucune explication décente sur leur sens ? Et que penser quand on songe que ces modèles doivent en plus être dépassés ?
A la première question, la réponse est claire dans mon esprit : opitmiser des fonctions d’utilité ou de profit est utile. Mais ça ne sert à rien si on ne présente pas les choses en expliquant que c’est une boîte à outils que l’on construit et sans prendre le temps de donner des points de repères sur le sens de ces modèles.
La seconde question appelle la nécessité de ne pas se focaliser sur les modèles mathématiques. L’histoire économique (contemporaine par exemple) est négligée. Les faits d’actualité sont trop souvent négligés aussi. Sur ce point, le mouvement avait totalement raison ! Il est bon aussi de signaler que des profs enseignent de cette façon… Le problème n’est pas néoclassique, il est personnel et culturel.
Mais quelles solutions proposait-on ? De dire « Ouh, regardez comme ils sont vilains ces néoclassiques qui racontent des fables à tout va ». « Je veux avoir étudié l’intégrale des auteurs hétérodoxes en fin de DEUG ». « Marre des fonctions d’utilité, refondons la microéconomie sans maths ». En un mot, il s’agissait de considérer du jour au lendemain qu’étudier un illustre inconnu qui avait dit un truc social un siècle auparavant avait la même valeur que d’étudier les travaux d’un Lucas qui gonfle tout le monde avec ses maths libérales.
J’ai très vite décroché pour une raison : ce n’était plus des arguments pédagogiques qui gouvernaient, mais de l’idéologie. Normal, au fond. Quand on revendique une approche holiste et sociologique de l’économie, on doit forcément finir de considérer que son enseignement est exclu de son contexte social… Sauf que pour le coup, la révolution a avorté. Résultat : je n’ai pas le sentiment que la pédagogie ait vraiment évolué. La levée de boucliers, qu’on peut comprendre, de la part d’une partie de la profession, a fait le reste. Je doute que l’enseignement de l’économie y ait gagné. Je doute aussi que les membres du mouvement y ait gagné grand chose. Un beau gâchis.
Pour conclure sur ce point, n’étant pas un pur matheux, sans être réfractaire aux équations, j’ai souvent souffert durant mes études du manque d’interprétation des théories qu’on m’enseignait. J’ai toujours été très sceptique devant les grandes démonstrations qui impliquaient le signe d’une dérivée troisième sur une fonction d’utilité. Je finissais toujours par me demander comment rattacher ça à une réalité palpable (je crois que le sumum a été atteint le jour où on m’a balancé un prix exprimé en nombres complexes, sans plus de commentaires que « voilà , il existe un équilibre ». J’ai parfois essayé d’imaginer la tête que je tirerais si ma boulangère me demandait 4/3 + 2i euros pour ma baguette de pain…). Et évidemment, je ne trouvais pas. D’une, parce que parfois ce n’était pas la peine, le propos étant d’étape en quelque sorte (mais j’aurais aimé qu’on me le dise !). De deux parce que visiblement, ça n’intéressait pas le prof. Donc, oui, il y avait des choses à dire et faire, mais autrement. Alors, on pourra aussi dire qu’il fallait un combat idéologique pour faire sauter des verrous. Je crois plutôt que ce combat était recherché. A partir de là , il a été perdu en moins de deux. Certes, ça a remué le milieu (aboutissant notamment au rapport Fitoussi, ce qui n’est déjà pas rien sur la forme). Mais de deux choses l’une : soit des stratégies personnelles pour se faire un nom ont vite pris le dessus, soit le sens politique des réformateurs était du niveau de celui de Juppé…
Et puis, en y réfléchissant bien, à quoi sert-il de boycotter en France l’enseignement de la théorie économique dominante ? Si on raisonne justement en termes de stratégie politique, il me semble indispensable de commencer par le commencement : il y a un paradigme, si on veut le critiquer, il faut commencer par le connaître sur le bout des doigts. Ce qui, comme les journées ne font que 24h, laisse moins de temps dans les premières années pour étudier le reste. A quoi sert-il de planter un cours de critique de l’économie politique à des étudiants qui n’ont pas vu un quart de du dixième de la théorie néoclassique ? La question n’est pas simple. D’un côté, il est bon de montrer qu’il existe autre chose. Mais d’un autre… à quoi sert-il de disserter sur le caractère absolument invraisemblable du modèle Arrow-Debreu avec des étudiants qui n’ont même pas encore vu ce modèle ? On pourra m’objecter alors : pourquoi ne pas enseigner le reste et lâcher le modèle néoclassique (les pétitionnaires s’en défendront, mais c’est bien ce genre de message que beaucoup d’étudiants ont reçu ou voulu recevoir…) ? La réponse est simple : en dépit de tout ce qu’on peut lui reprocher, c’est le plus abouti. C’est ainsi.

Réforme des retraites aux USA : un adversaire inattendu

Après avoir exposé dans un très bon article grand public pourquoi les arguments utilisés par les partisans et les adversaires de la réforme des retraites aux USA étaient le plus souvent faux, Robert Barro réitère et explique pourquoi, après réflexion, il est hostile à la réforme Bush.
Des analyses à ne pas manquer et qui témoignent de la très faible sympathie des économistes de tous bord (y compris,dans le cas de  Barro, les économistes très proches habituellement des thèses conservatrices) pour la réforme des retraites telle qu’elle est engagée.

Pacte de stabilité 2 : retour sur la semaine

Le conseil a donc entériné le rapport du conseil ECOFIN du 20/03/2005, qu’on pourra trouver en annexe de ce document. J’ai relu le document en question, en essayant d’en retenir les points importants. Puis, j’ai cherché sur la toile les commentaires des uns et des autres, dans quelques médias professionnels. Et là, confusion dans mon esprit… Suis-je le seul à m’intéresser un peu à la question ? Est-ce l’effet Bolkestein – Constitution qui a pris le dessus et relégué la réforme du PCS au second plan ? Faut-il un peu de temps pour digérer la teneur de la décision avant de commenter ses conséquences probables ? Dois-je attendre la publication de tribunes ou articles de fond qui paraîtront avec un décalage d’une semaine ? Car, si je dois avouer m’être limité à quelques quotidiens et hebdos français, The Economist et un ou deux titres américains, j’ai été frappé par la difficulté à trouver ne serait-ce qu’une malheureuse présentation rapide de la réforme. N’ayant guère le temps de persévérer dans cette recherche fastidieuse, j’attendrai donc un peu pour prendre l’avis longuement développé des plumes accréditées. Je précise que cet texte, commencé vendredi 25/03 est publié samedi 26, sans nouvelle recherche de ma part.

Dans l’immédiat, à la question initiale "Mes dires de dimanche doivent-ils être corrigés ?" je dois répondre que pas franchement. Comme le soulignait Alexandre en commentaire de mon post, le rapport ECOFIN est terrible, en ce qu’il cherche à susciter le sentiment qu’il induit une vision plus calibrée de ce que devra être la politique budgétaire des Etats membres, alors finalement qu’une lecture simple donne plutôt le sentiment qu’ils auront la possibilité de faire, non pas tout ce qu’ils veulent, mais presque, dès lors que l’équilibre politique plutôt que budgétaire de l’eurozone est assuré…

Démonstration : « Le Conseil et la Commission sont déterminés à préserver et à maintenir clairement les valeurs de référence de 3 % et de 60 % du PIB en tant que points d’ancrage de la surveillance de l’évolution de la situation budgétaire et du rapport entre la dette publique et le PIB dans les États membres. ». Certes. On sait par ailleurs que ces points d’ancrage pourront être dépassés pour tenir compte de réformes structurelles et ne pas inhiber l’investissement public, ainsi que dans une circonstance exceptionnelle « indépendante de la volonté de l’État membre concerné et [ayant] des effets sensibles sur la situation financière des administrations publiques ou [étant] consécutif à une grave récession économique. ». Le texte définit ensuite ce qu’il entend par grave récession économique. « En règle générale, on entend actuellement par "grave récession économique" une baisse annuelle du PIB en termes réels d’au moins 2 %. En outre, dans le cas d’une baisse annuelle du PIB en termes réels de moins de 2 %, le règlement (CE) n° 1467/97 permet au Conseil de décider qu’il n’y a pas de déficit excessif, eu égard à d’autres éléments d’information, en particulier le caractère soudain de la récession ou la baisse cumulative de la production par rapport à l’évolution constatée dans le passé. ». Doit être aussi considéré « comme exceptionnel un dépassement de la valeur de référence qui résulte d’un taux de croissance négatif ou de la baisse cumulative de la production pendant une période prolongée de croissance très faible par rapport au potentiel de croissance. ». Si je résume, pour considérer comme exceptionnel un dépassement il faudra vraiment que ça aille mal, ou alors, que ça aille plutôt pas bien pendant un temps plutôt long. Dit autrement, on ne peut engager une procédure pour dépassement si un Etat membre connaît des difficultés plus ou moins graves, disons pendant un certain temps.

Par ailleurs, si un Etat débordant les critères le fait pour d’autres raisons que celles évoquées, alors le Conseil admet tout de même qu’il y aura peut-être d’autres "facteurs pertinents" à prendre en compte. Néanmoins, dans le souci d’ancrer avec précision les excès autorisés pour d’ "autres facteurs pertinents, « Le Conseil souligne que le fait de tenir compte "d’autres facteurs pertinents" au cours des étapes aboutissant à la décision sur l’existence d’un déficit excessif […] doit entièrement dépendre du principe fondamental selon lequel – avant que les autres facteurs pertinents ne soient pris en compte – le dépassement de la valeur de référence est temporaire et le déficit reste proche de la valeur de référence. ». Traduction synthétique : si un Etat souhaite invoquer d’autres facteurs pertinents, il ne faut pas que le dépassement ne dure déjà trop longtemps et que le débordement soit déjà vraiment exagéré, pour d’autres raisons tout à fait légitimes. Dit encore autrement, dépasser trop longtemps, ce n’est pas bien. Et dépasser trop largement, c’est inacceptable.

Où est-ce que je veux en venir ? Au fait que les règles des 3% et des 60% sont bel et bien mortes. Soutenir le contraire serait un peu comme considérer que la BCE et la FED gèrent actuellement la parité euro-dollar selon une règle issue d’un modèle de zone-cible. Ca ne fait pas de mal de prendre un chiffre comme point de repère, mais de là à le cibler effectivement… On m’objectera avec raison que certaines dispositions garantissent en principe que ces chiffres servent bel et bien de pivot sur un cycle. En effet, « Le Pacte de stabilité et de croissance fait obligation aux États membres de se conformer à l’objectif à moyen terme d’une position budgétaire "proche de l’équilibre ou excédentaire".». En d’autres termes, à quelque chose près, si vous partez de 3% de déficit en début de cycle, avec des dépassements, vous finirez à peu près dans les mêmes eaux là en fin de cycle en ce qui concerne votre ratio dette/PIB ne devrait pas trop bouger. Oui, mais en même temps, « le Conseil est attentif au fait que le respect des objectifs budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance ne devrait pas compromettre les réformes structurelles qui améliorent résolument la viabilité à long terme des finances publiques. ». Exit donc la position budgétaire proche de l’équilibre ou excédentaire, pour peu que vous ayiez de (résolument) bonnes raisons de déroger… Bon, bien sûr, « Si toutefois un État membre ne se conforme pas aux recommandations qui lui sont adressées dans le cadre de la procédure concernant les déficits excessifs, le Conseil est habilité à appliquer les sanctions prévues. ». Honnêtement, on peut se demander si, même en forçant, un pays arrivera à tomber dans le collimateur de ladite procédure ! Certains commentateurs font remarquer de longue date que les sanctions financières pour dépassement des critères du PSC sont une aberration politique, voire économique. Auraient-ils été entendus ?

Concernant la surveillance en continu des situations, le passage suivant est d’une portée "considérable" : « Le Conseil estime qu’il conviendrait de renforcer le cadre de la surveillance de la dette par le recours à la notion de "rapport qui diminue suffisamment et s’approche de la valeur de référence à un rythme satisfaisant" pour ce qui est du ratio de la dette en termes qualitatifs, en tenant compte des conditions macroéconomiques et de la dynamique de la dette. ». En d’autres termes, lorsqu’un pays sort un peu des clous, il est souhaitable qu’il montre un peu d’égard envers ses partenaires en leur donnant de sérieux gages concernant l’évolution à venir de sa dette. Il serait opportun qu’il puisse ainsi leur montrer que celle-ci, rapportée au PIB, baisse VITE ("suffisamment", ce qui revient au même quand on raisonne dans des délais fixés, le cycle par exemple) et qu’elle baisse également… VITE (elle "s’approche de la valeur de référence à un rythme satisfaisant"). Bien sûr, une telle contrainte (la "pression des pairs") ne sera fermement exercée qu’après une analyse approfondie des "conditions macroéconomiques", qui, cela va sans dire, risqueraient de pénaliser un pays dépassant vertueusement les critères "clés de voûte" du PSC. Il va sans dire encore que, dans le même temps, on saura être très attentif à la "dynamique" de la dette pour juger de son… évolution, l’un n’allant pas sans l’autre dans une conception solide du PSC, telle que le Conseil l’a originalement conçue.

En matière de délais pour revenir dans les critères lorsqu’un déficit excessif est constaté (i.e. dans l’éventualité où Chirac et Schroeder, après une choucroute bien arrosée, auront fait le pari débile de réussir à se prendre une procédure pour déficit excessif et où l’un des deux – voire les deux – aura réussi à le tenir) , « Le Conseil estime que, en principe, le délai prévu pour la correction d’un déficit excessif devrait être fixé à l’année suivant la date à laquelle le déficit a été constaté, c’est-à-dire, normalement, la deuxième année suivant son apparition. Le Conseil convient toutefois que les éléments à prendre en compte lors de la fixation du délai initial pour la correction d’un déficit excessif devraient être précisés davantage et devraient inclure, notamment, une évaluation globale de l’ensemble des facteurs mentionnés. ». Plus loin, « Toutefois, le Conseil convient que, dans des circonstances particulières, le délai initial prévu pour corriger un déficit excessif pourrait être fixé à une année plus tard, c’est-à-dire à la deuxième année suivant la constatation du déficit, soit, normalement, la troisième année après qu’il s’est produit.». Et puis, finalement : « Le Conseil convient que les délais prévus pour corriger le déficit excessif pourraient être revus et prorogés si des événements économiques négatifs et inattendus ayant des conséquences très défavorables sur le budget se produisent au cours de la procédure de déficit excessif. ». J’aurais, pour ma part, remplacé ces paragraphes par celui-ci : "A moins qu’un pays faisant l’objet d’une procédure pour déficit excessif ne soit pas foutu de trouver des arguments vaguement défendables s’appuyant sur les autres dispositions du Pacte assoupli, il n’y a pas, à proprement parler, de délai spécifique pour corriger le tir".

Bien sûr, je suis un peu de mauvaise foi. Et je le suis d’autant plus librement que je ne vois toujours pas d’un mauvais oeil l’affaiblissement des règles du PSC. Il doit exister dans l’absolu un bon équilibre dans ce nouveau cadre. Ne comptez pas sur moi pour écrire que les règles strictes sont partout et toujours préférables à d’autres mécanismes de gouvernance. C’est bien pour cela que le pacte a été réformé. On se rappelera aussi que même si leur voix s’est souvent perdue au milieu de l’idéologie, les observateurs un minimum avertis du fonctionnement des banques centrales à travers le monde, ont bien montré que le degré d’indépendance réelle (qu’on peut résumer pour faire court à la capacité des dirigeants à mener une politique monétaire ne contenant pas un biais inflationniste marqué) n’est pas forcément fonction du degré de menottage des responsables de la politique monétaire. Le parallèle avec la politique budgétaire est-il si inopportun ?

La question qui se pose est de connaître les incitations, pour les dirigeants nationaux, à tendre vers cet équilibre, qui se résume à optimiser la dépense publique, afin d’apporter si possible productivité à l’économie et bien-être à ses agents. La phrase suivante illustre finalement assez bien la nouvelle donne : « le Conseil confirme qu’une coordination renforcée des politiques budgétaires doit être conforme au principe de subsidiarité… ». Il reste donc à l’échelon pertinent (national) à prouver qu’il l’est bien. Même si la référence est timide, il est par exemple question d’impliquer davantage les parlements nationaux dans le pilotage à moyen terme des objectifs du PSC. De nombreuses questions se posent alors. La première qui me vient à l’esprit est de savoir comment les dirigeants nationaux vont désormais pouvoir se cacher derrière la méchante bureaucratie bruxelloise pour justifier certains arbitrages budgétaires. Une autre question est de savoir comment va être perçu ce changement par les électeurs français. La directive Bolkestein tombe bien mal. Et ce pour deux raisons : elle a éclipsé la réforme du PSC et elle est allé se ranger dans la famille maudite de l’AMI, le genre de choses qui décrédibilisent une institution (la Commission en l’occurrence) pour longtemps. Déjà qu’elle n’en avait pas besoin… Le problème de l’organisation institutionnelle du pilotage d’une politique budgétaire libérée des fausses contraintes, mais remise face aux vrais choix désormais ouverts (recherche et éducation) et aux vraies contraintes structurelles (comptes sociaux), reste entier pour sa part. La LOLF et son application est un aspect de la question.

Dernière remarque indulgente face à ce communiqué assez déroutant, la référence à l’usage d’un appareillage statistique amélioré fourni par l’Union pour évaluer le respect du pacte par les pays membres. De deux choses l’une, soit il s’agit de poudre aux yeux, soit d’un outil de pilotage concerté qui peut avoir une réelle importance. On verra bien. Mais cette notion est cohérente avec la double prétention de maintenir des règles, tout en reconnaissant leur contenu contingent.

(Encore plus) petite revue d’articles (techno) et un peu plus (de bruit)

Sur le blog de Tariq Krim, qu’on peut qualifier d’observateur/acteur averti des technologies de l’information, on lira ce compte-rendu de deux ans de bras de fer autour du brevetage des logiciels en Europe.
Sur le site de 01 informatique, en écho au texte de Krim, une interview de Michel Rocard sur le même sujet.
Rien à voir, mais pour rester un peu dans un univers technoà¯de, je découvre un groupe français, La logique du pire, dont je trouve le son intéressant (pas révolutionnaire, mais pas mal dans le style). En revanche, les paroles sont bien en dessous et le chant très perfectible (surtout sur les versions album !). Enfin, c’est mon point de vue… Qu’en pensent les amateurs du genre (qui nous lisent du fond de leurs cellules, je le sais…) ?

Petite revue d’articles

< !DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> – Un intéressant point de vue de Fareed Zakaria dans Newsweek, à propos de la nomination de Wolfowitz à la tête de la Banque Mondiale, qui aborde le sujet sous un regard original : il y voit un moyen de faire la pédagogie de l’Amérique conservatrice en matière de développement. Le point de vue conservateur en matière de développement est en effet outrageusement simpliste : l’aide internationale est inutile, les pays pauvres sont simplement mal gouvernés et corrompus, seules des réformes de libéralisation des amarchés peuvent réussir. Zakaria considère que lorsqu’une vedette de la pensée conservatrice comme Wolfowitz sera en contact avec la réalité et la complexité des problèmes de développement, sa conversion au réalisme serait à même de changer cette opinion. A noter sinon qu’un blog recueille l’ensemble des informations sur le changement de président à la Banque Mondiale. L’ambiance y serait, paraît-il, celle d’un enterrement.

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Une nouvelle arme contre la corruption et la prévarication ?

La dépêche suivante (voir corps du message) rapporte un soutien inattendu dans la lutte contre la corruption et la prévarication en Afrique. A méditer pour les dirigeants de la Banque Mondiale… :o )%%% LILONGWE, Malawi (AP) — (18 mars 2005) Le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, a déménagé du palais présidentiel, un manoir de 300 pièces, en raison de la présence de fantômes, selon un de ses conseillers.

Le père Malani Mtonga, conseiller aux Affaires chrétiennes, a précisé que le chef de l’Etat avait demandé au clergé de prier pour « exorciser les esprits du mal ».

« Aucun complot venu des puits de l’enfer ne prospérera contre le président car nous avons demandé une intervention divine pour jeter le sang de Jésus contre tout complot du mal contre le président », a expliqué le religieux à l’Associated Press. Selon un autre conseiller présidentiel, Bingu wa Mutharika a entendu, alors qu’il faisait nuit noire, des pas et des bruits étranges… Ses gardes du corps et la première dame, Lady Ethel, n’ont eux rien remarqué.

« Le président sent parfois des rongeurs lui courir sur tout le corps mais lorsqu’il allume la lumière, il ne voit rien », ajoute le conseiller. En attendant que l’intervention divine produise ses effets, le président, âgé de 71 ans, dormira dans une autre résidence à Mtunthama, à 100km de Lilongwe, la capitale du Malawi.

Le président Mutharika s’était installé en décembre dernier dans le manoir, décision très critiquée par l’opposition et les organisations de défense des droits civiques, qui lui ont reproché de revenir sur sa promesse de réduire le train de vie de l’Etat. Le Malawi, dans le sud-est de l’Afrique, est un des pays les plus pauvres du continent noir.

Réforme du pacte de stabilité : retour à la raison ou laxisme à venir ?

La réforme du pacte de stabilité semble en voie d’être adoptée. « Le texte proposé prévoit que le déficit d’un pays ne soit pas déclaré « excessif », même s’il dépasse la limite des 3 % du PIB, s’il consent un effort important en matière de recherche et de développement et de réformes structurelles (retraites). Les autorités européennes garderaient donc le droit d’apprécier la « qualité » des dépenses publiques des pays, qui pourraient toutefois faire valoir d’ »autres facteurs » pour bénéficier de la mansuétude de leurs partenaires européens. » (Le Monde en ligne, 20/03/05). D’un point de vue optimiste, on dira que c’est une bonne nouvelle. Pour deux raisons : d’une part, le texte envisagé met donc fin au dogme des 3% qui n’aura jamais réussi à être justifié correctement (ce qui ne surprendra pas…). D’autre part, il met quelque peu en cohérence le fonctionnement courant de l’UE et l’agenda de Lisbonne, dont les objectifs en matière de croissance semblaient difficile à atteindre, compte tenu de l’état actuel de la croissance et des finances publiques dans de nombreux pays européens. On libérerait ainsi certaines dépenses publiques productives à terme (enmatière de recherche par exemple) Une lecture moins optimiste verra tout d’abord l’accord comme une décision prise dans l’urgence politique et avalisant une réalité déstabilisante dans la configuration institutionnelle actuelle : France et Allemagne sont hors des clous et pas forcément de manière « passagère ». En modifiant le pacte, on calmerait le jeu pour éviter une crise politique latente. On peut aussi juger sévèrement le nouveau dispositif, tel qu’il est envisagé a priori, car la mention d’une évaluation de la « qualité » des déficits et l’évocation d’ « autres facteurs » susceptibles d’être pris en compte laisse la porte ouverte à tout et n’importe quoi. Sur le fond, envisager une gestion plus discrétionnaire des budgets dans la zone euro n’a pas de quoi faire bondir. Mais on revient nécessairement à la question : quels dispositifs institutionnels pour garantir que les budgets seront bien orientés ? Le projet d’accord contient un garde-fou basique : « Les Etats membres devront réduire leurs déficits en période de « vaches grasses » mais auront plus de temps pour corriger le tir en période de contraction et l’endettement se verra accorder plus d’importance, sans objectifs contraignants. Une simple période de stagnation permettra aussi à un pays d’invoquer des « circonstances exceptionnelles », actuellement définies comme une récession de 2 % du PIB, afin d’échapper à toutes les sanctions prévues par le pacte de stabilité. ». En d’autres termes, le principe est qu’un pays sera autorisé à faire jouer les stabilisateurs automatiques hors de la limite de 3%. C’est intéressant, mais est-ce suffisant ?Si l’accord s’établit en ces termes, chaque pays restera donc néanmoins devant ses responsabilités. Car, après tout, qu’est-ce qui empêchera un gouvernement de gérer pitoyablement ses finances publiques et remettre encore en cause les termes de l’arrangement européen ? On repense alors à la proposition de Wiplosz concernant les comités budgétaires nationaux. Tout ceci relève encore de la spéculation, puisque rien n’est encore couché sur papier. Faut-il repenser à l’épisode de l’élargissement des bandes de fluctuations du SME en 1993 ? A titre personnel, je ne peux m’en empêcher. Si les conséquences des nouvelles dispositions sont du même ordre, autant que la comparaison puisse tenir, alors l’UE et la France ne s’en porteront pas plus mal.

Les sujets du jour

L’actualité du jour est dominée par des sujets déjà abordés ici.

La directive Bolkestein : n’y a t’il pas une large hypocrisie à prétendre se préoccuper du pouvoir d’achat des français et s’opposer avec la dernière énergie à une mesure susceptible de l’accroître?

La présidence de la Banque Mondiale : comme le constate AdamSmithee, il n’y aura que la moitié des lettres à changer sur le bureau du président de la banque mondiale. Paul Wolfowitz ne va pas, c’est le moins qu’on puisse dire, faire l’unanimité pour lui; mais ce n’est pas forcément un mauvais choix. Il n’est cependant pas certain qu’il dispose des compétences nécessaires pour les changements nécessaires à la tête de cette institution.

Les infortunes de la vertu

< !DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> Il y a une semaine, je suis tombé à la télévision devant les questions des parlementaires au gouvernement. Dans cet exercice très convenu et largement publicitaire, une question-réponse a cependant retenu mon attention, parce que symptomatique d’une attitude classique. Un parlementaire, s’interrogeant sur les révisions en cours dans le pacte de stabilité et de croissance, s’est inquiété de ce que ces évolutions risquaient de conduire les pays vers le « vice », et non la « vertu ». Le ministre de l’économie lui a assuré que tout serait fait pour pousser les nouveaux arrivants dans l’Union Européenne vers la « vertu » (qui correspond au fait d’avoir un déficit public faible). Comme le constate Emmanuel sur Ceteris Paribus, cette rhétorique religieuse (vice et vertu, orthodoxie) est toujours présente et dicte de nombreux commentaires sur la situation économique et budgétaire des pays européens. Je ne sais pas pourquoi ce type de verbiage a envahi le très prosaique débat budgétaire; je dois avouer n’avoir jamais compris cette manie européenne de traiter les questions authentiquement morales d’un point de vue purement pratique et technique, mais de se laisser envahir par des perspectives pseudo-moralisantes lorsqu’il s’agit de débattre de problèmes techniques. Sans résoudre cette question, il n’est pas inutile de rappeler à quel point cette perspective moralisatrice nuit à l’intelligence du débat et plonge les questions économiques dans le plus pur irrationnel.

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La fin de la pauvreté ?

Jeffrey Sachs veut faire disparaître la pauvreté; William Easterly explique pourquoi ses intentions grandioses risquent de se heurter à la réalité.
J’ai déjà ici évoqué les projets de Sachs; Si les intentions sont louables, et si faire preuve d’un peu d’optimisme volontariste en matière de développement peut avoir des effets secondaires positifs, le problème fondamental reste identique : le volontarisme simpliste a déjà été essayé en matière de développement, et a échoué.

Deux présidents à choisir

< !DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> Deux institutions internationales très importantes sont sur le point de changer de président : l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et la Banque Mondiale. Les deux institutions sont importantes et le changement de direction qui est va s’y opérer aura des conséquences.  Que peut-on attendre de ces changements à venir?

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Les vrais succès de l’euro

Un récent article du "Monde" intitulé "les désillusions de l’euro" établit la liste, selon l’auteur, des raisons pour lesquelles le passage à la monnaie unique génère des déceptions. Et l’auteur d’énumérer "la croissance anémique, les divergences économiques, les yo-yo du dollar, et l’envolée des déficits" qui seraient autant de raisons de déplorer l’insuccès du passage à l’euro. C’est un tort : au contraire et paradoxalement, tous ces éléments vont dans le même sens : celui du succès institutionnel et économique que représente pour la construction européenne, le passage à l’euro.
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Le mythe du déficit public

< !DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> A peine installé dans ses nouveaux meubles, T. Breton s’est empressé de se lancer dans le mélange de mantra et de démagogie qui caractérise tout ministre des finances qui se respecte : il va relancer la croissance, chercher à réduire le chômage, préserver le pouvoir d’achat, baisser l’impôt sur le revenu, et bien entendu, réduire les déficits et l’endettement public. Dans l’essentiel de ces domaines, le gouvernement n’a en pratique aucun pouvoir, il s’agit donc là encore de pur brassage de vent. En matière d’impôt sur le revenu, même si celui-ci est baissé, cela n’aura aucun effet en pratique : d’autres impôts, ou l’endettement public, augmenteront en compensation. Il s’agit donc de transferts de charges, pas de baisses d’impôts.
Et en matière de déficit? le contrôle du déficit, bien que critiqué, reste considéré comme indispensable, même en faisant abstraction des contraintes du pacte de stabilité. La majorité des critiques ne veulent qu’un adoucissement du pacte. Mais rares sont ceux qui considèrent le déficit public, son niveau, et la nécessité de sa réduction, comme totalement vide de sens. Il est plus que nécessaire de démonter les mythes attachés au niveau du déficit public.

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