Les chroniques et éditos pourris en économie ? On en a gros…

gros

Drôle de journée. Tu suis de loin les divagations de l’avocate de C8, appelant quasiment à euthanasier les journalistes. Et puis, finalement, tu tombes sur ça… Un éditorial de Le Boucher, qui te laisse scotché sur place, interdit, plié de rire, les bras ballants, la libido démolie pour au moins deux jours. Mais l’ancien élève de 1ère que tu es reprend vite le dessus et se dit qu’il y a un sacré commentaire de texte à faire. « Ah l’enc***, il a osé le medley ultime du journaliste économique de caniveau ? », tu te dis. « Eh ben, on y va ».

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La France insoumise aux statistiques de base

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Dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, il y a une grosse connerie (au moins). Une erreur de lecture de statistiques qui fera le bonheur d’un TD de première. Et comme il semble que des gens ne comprennent pas ça (un benêt m’a repris sur Twitter pour dire que j’étais un âne), ben, on se fait un petit exo vite fait…

Un point du programme de la France insoumise est le suivant : « Lutter contre le temps partiel contraint qui touche 80 % des femmes ». 80% des femmes, ce serait énorme.

Sur 100 femmes actives, il y en aurait 80 qui subissent un temps partiel contraint. L’ennui, c’est que seulement 31% des femmes sont à temps partiel. Difficile donc d’avoir 80% des femmes dans 31% des femmes, je « crois »… même en supposant que toutes les femmes à temps partiel subissent ce temps partiel.

Ensuite, pour information, parmi ces 31% de femmes à temps partiel, 32% sont à temps partiel subi (cliquer sur le « Plus de données » sous l’un des graphes). Donc, la proportion de femmes à temps partiel subi est de 0,31 x 0,32, soit 9,92% des femmes.

Comment une telle connerie peut-elle être écrite ? Fake news ? Non, c’est pire que ça. La vraie statistique est « 80% des travailleurs à temps partiel (subi ou non) sont des femmes ». Pour celui qui a écrit cette proposition « 80% des femmes sont à temps partiel subi », c’est la même chose que 80% des temps partiels sont des femmes ». Il fallait le faire, n’est-ce pas ?

Add (16/04/2017) : capture d’écran  de la page concernée. Et pour ceux qui mettent encore en doute la véracité de ce que je dis, ben… je ne peux plus rien pour vous. Le programme de La France insoumise contient une erreur, c’est tout. « La réalité est cette chose qui, quand on cesse d’y penser, ne disparaît pas », Philip K. Dick.

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Comprendre reste le prérequis

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Merde, je crois que je suis un scientifique. J’ai rien fait pour, mais je crois que, finalement, je suis plus dans ce camp que dans l’autre. Et plus dans ce camp que bien des « scientifiques » officiels. C’est un choc. D’abord parce que c’est inattendu. Ensuite, parce que c’est devenu un bien mauvais penchant, à notre époque. Voilà pourquoi ces pensées me viennent soudain à l’esprit. (Lire la suite…)

La fin de mon modèle

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Longtemps, la démocratie britannique a été un modèle pour moi. Au delà de l’image de Churchill (qui n’y était pas pour rien), je trouvais dans la façon dont les Grands Bretons conduisaient leur société une solidité qui en faisait, à mes yeux, l’archétype d’une société ouverte.

Au delà des conflits et des points noirs, il y avait cette idée qu’il y a des valeurs fondamentales avec lesquelles on ne transige pas et auxquelles on se réfère, y compris quand on est tenté de perdre son flegme (légendaire). Une espèce de mélange de conservatisme et d’ouverture qui devait assurer l’essentiel. On ne touchait surtout pas à la Reine, mais on acceptait que des femmes voilées travaillent dans des administrations publiques. On rappelait systématiquement la spécificité du Royaume-Uni, mais on finissait par avancer avec l’Union européenne. On laissait crever des grévistes de la faim Nord-Irlandais, mais on tentait au mieux de laisser sa police sans armes dans la rue. Les politiciens (de gouvernement) n’étaient pas moins arrivistes qu’ailleurs mais, à la fin, ils devaient défendre des valeurs nobles.

Vous allez dire que c’était une vision romantique. Certainement. Mais elle n’est même plus raisonnablement tenable. Une masse critique d’électeurs opte pour le repli sur soi, voire devient xénophobe. D’autres, totalement déboussolés, vous expliquent deux jours après un vote qu’ils le regrettent. Des politiciens sont capables d’opportunisme et de mensonges dans un moment clé pour leur nation, simplement pour prendre la main dans leur propre parti. Et la Grande Bretagne sort de l’UE. Au moment où on croirait qu’elle se distingue, elle s’est en fait normalisée, à mes yeux. Elle ressemble à la social-démocratie continentale. Mon archétype britannique a fait long feu. Il faut toujours se méfier des modèles. Même lorsqu’ils semblent immuables, ils peuvent s’effondrer.

On fait ce qu’on peut (2)

En complément au fichier mis en lien dans le billet précédent, l’introduction de Nos phobies économiques revenait sur les analyses de Bruce Schneier concernant la sécurité dans les politiques publiques des pays démocratiques. Le propos avait d’autres visées, mais le contenu per se reste d’actualité.

Emmanuel Macron ne sert à rien

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Macron n’en finit plus de répéter le même schéma de communication, se résumant à peu de choses près à une séquence invariable :
1. Envoyer une petite phrase plus ou moins en marge d’une intervention officielle.
2. Choisir des propos aussi banals que sujets à double interprétation pour ceux qui guettent l’ogre libéral.
3. Obtenir le soutien de ceux qui guettent l’ogre libéral (pas les mêmes qu’au point 2, évidemment).
4. Démentir, dédramatiser, relativiser, faire appel au bon sens, à la modernité et à la nécessité de débattre et faire évoluer une société bloquée.

Ça marche. Sur les 35 heures. Le statut des fonctionnaires. Les jeunes et l’argent. Les illettrés. Les autocars. Buzz assuré. Sorties de secours disponibles. Parfait. Certains saluent le courage de celui qui n’a pas peur de poser certaines questions, d’initier les débats qui fâchent. D’autres s’agacent, s’insurgent. Ils sont renvoyés dans les cordes et, en fait, sont ravis de trouver une occasion de dire leur effroi devant des propos aussi peu à gauche, tenus par le ministre d’un gouvernement de gauche.

La question est de savoir si ces sorties apportent quoi que ce soit. Non. Rien. Ce n’est pas leur vocation. Au mieux, on est face à des galops d’essai. L’une des dernières petites phrases de Macron porte sur les jeunes, l’entrepreneuriat et la fonction publique :

« Les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires ou politiciens »

Comprenez : les Jeunes de ce pays sont dynamiques, pas fainéants et veulent gagner du fric. Je me réjouis de ce penchant moderne. Sous-entendu : avant, c’était différent.

Le souci, c’est que Macron fait implicitement du choix privilégié de la fonction publique par les jeunes générations une sorte de caractéristique historique française. Une anomalie devant prouver le soviétisme latent de notre population. Ce qui est une monumentale absurdité. Au mieux, elle a été une parenthèse entre 1993 et les années récentes. Éric Maurin l’avait bien montré dans son ouvrage La peur du déclassement. Une parenthèse désormais révolue, comme le montrent les difficultés de recrutement dans l’enseignement, par exemple.

Les jeunes générations ont toujours voulu aller vers la carrière offrant une combinaison rémunération – prestige – sécurité équilibrée. Avant les années 1990, la fonction publique n’offrait pas, pour une majorité de jeunes, la combinaison optimale. Ce fut le cas ensuite et ça ne l’est plus. Dans le même temps, l’évolution du statut de salarié du privé n’est pas forcément très excitante non plus. Être son propre patron peut séduire. Voilà esquissée une (grossière) interprétation qui n’a plus rien à voir avec les sous-entendus de Macron. Des sous-entendus que le principal intéressé s’empresserait de démentir. Mais le problème n’est même pas là. Se réjouir positivement d’une situation qui n’a aucun fondement autre que l’intérêt bien compris des gens, cela ne sert guère le débat.

Emmanuel Macron ne sert à rien dans le débat public.

Les vieux d’éconoclaste vous souhaitent de bonnes fêtes

sapinsky

Nous vous souhaitons de joyeuses fêtes de Noël.
Avec les conseils usuels : n’abusez pas de l’eau, de la salade, ne sautez pas un repas et mettez vous loin des vieux à table (il est prouvé qu’ils accaparent le pinard).
Si vous réveillonnez à la montagne, ne prenez pas le volant avec une alcoolémie trop faible. En cas de panne de voiture au retour, vous pourriez mourir de froid sans un soutien thermique digne de ce nom.

Je voulais écrire un truc long pour marquer nos 15 années d’existence qui, selon les sources tangibles, seront atteintes samedi. Mais je crois que je vais me contenter d’un simple « Nous sommes toujours là. Et probablement pour un moment… ».

Allez, vite fait… pour clarifier, once again

copycats

Décidément, le jour où l’un des mecs qui ont créé ce site (et qu’on a viré après parce qu’il voulait en faire une pure machine de propagande du PS – et surtout de lui-même) a choisi le nom « éconoclaste », on aurait mieux fait, Alexandre et moi, de lui dire « Tu préfères pas ‘écono in ya face’ mec ? »

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Billet d’appariement

C’est tout nouveau. Le lycée Marie Curie à Marseille (lycée public) ouvre une section de DSCG en apprentissage au mois de septembre. C’est un diplôme de la filière expertise-comptable à bac+5, qui vient après un truc appelé DCG (bac+3) ou diplôme équivalent (avant, tout ça s’appelait le DPECF, DECF et DESCF ; mais ça, c’était avant), qui vient après le machin qu’on nomme le bac (qu’on a toujours appelé comme ça). D’ici là, il y a 12 étudiants à recruter. Les heureux élus auront l’immense privilège de préparer l’épreuve d’économie en ma compagnie.
Compte tenu du délai modeste entre l’annonce de l’ouverture et la rentrée, je me permets de donner un coup de boost à la fonction d’appariement. N’hésitez pas à faire suivre à vos connaissances. Suivez ce lien pour plus d’informations.

A bientôt pour du contenu normal.

Deux blogs

Je ne présente plus assez souvent d’autres sites. Je prends cinq minutes pour en signaler deux. BlogoEconomicus est un nouveau blog qui a l’air pas mal, réalisé par des étudiants (doctorants si j’ai bien saisi). Côté séniors, Frogonomics regroupe des signatures qu’on ne présente plus…

Il y en a quelques autres qui mériteraient d’êtres mis en avant. Qu’ils m’excusent de ne pas le faire pour le moment. Mais j’essaierai de corriger cela.

Les temps scolaires : micro réflexion autour de la productivité (en appelant d’autres)

Vincent Peillon a annoncé son souhait qu’à une échéance lointaine, les vacances scolaires soient raccourcies en été de deux semaines, environ. Les réactions politiques sont sans grand intérêt. Autant faire l’andouille avec le cannabis était d’une stupidité sans nom, autant annoncer qu’on espère changer la durée des vacances scolaires d’été mais que l’on est conscient de ne pas pouvoir le faire du jour au lendemain ne me semble pas insupportable, surtout que la question se pose vraiment. A vrai dire, dans le contexte de son entretien sur BFM TV (dans lequel Peillon s’est par ailleurs montré bien documenté), son seul argument a porté sur la comparaison avec les autres pays européens. N’ayant pas ces données pleinement en tête, j’ai recherché quelques éléments chiffrés, que j’ai trouvés dans cet article.

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Deux mots sur une chronique

Je savais qu’en ne citant pas de noms dans la chronique du livre de Laurent Mauduit, je m’exposais à ce genre de commentaire (d’un lecteur du blog de Laurent Mauduit) :

« Ceci dit, le critique prend soin de ne pas citer de noms, ce qui annoncerait clairement une envie de durer, qui ne convient pas généralement avec le goût de la vérité. »

C’était pourtant un choix différent. Le livre de Mauduit doit contenir des noms, pour en inférer des généralités. Je voulais synthétiser les généralités. Ceux qui suivent ce site savent que Attali, Minc et d’autres sont des gens avec qui je n’ai rien à faire (et alors, eux, de leur côté, je ne vous en parle même pas…). Ils savent aussi que dire du mal ne me pose pas de problème particulier quand ça me chante et que c’est justifié, à mon sens. La réalité, c’est que dire du mal de personnes connues est la meilleure façon de faire du buzz. L’autre réalité, c’est que si je voulais durer, j’accepterais plus souvent des passages media. Or, sans crouler sous les demandes quotidiennes, j’en refuse régulièrement (pas forcément pour des fanzines ou des télés sans audience). Je ne suis pas Attali ou Minc, je ne parle que quand je pense apporter quelque chose d’intéressant. Notamment pendant les promos de bouquin, autant par loyauté pour mon éditeur que par envie de faire connaître le livre.

Bref, je suis très libre (on ne l’est jamais totalement). Et même si je comprends cette remarque, je veux dire simplement qu’elle ne reflète pas la vérité, pour laquelle j’ai un goût assez marqué, mine de rien.

Prendre les sexistes par les sentiments ?

Cette année, c’est la chasse aux catalogues de Noël sexistes. Il y a même une certaine Rachel Duriez qui envoie systématiquement des mails aux boîtes qui ont des catalogues sexistes pour leur dire d’arrêter. Certains appelleront cette activité une « cause », d’autres une « obsession ». Moi, je m’en fous, elle fait ce qu’elle veut de son temps. Ce qui m’intéresse, c’est qu’elle veut qu’on arrête de présenter des jouets ménagers en disant « Fais comme ta maman« .

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10 ou 12 mois ?

Samuel Laurent, dans un bon article (comme toujours) sur le temps de travail des enseignants, évoque la question de l’annualisation des salaires :

« Il existe en revanche un mythe qui a la vie dure, celui des enseignants qui seraient payés sur dix mois, étalés sur douze. Il remonterait à la fin des années 1940, est très difficile à prouver. Et la plupart des syndicats n’y accordent pas foi, et expliquent que le décret de 1948, qui fixe la rémunération des fonctionnaires, n’en fait aucunement mention. »

J’avoue que c’était un peu mon optique jusqu’à récemment. Comme toute légende urbaine, elle faisait sens dans une certaine mesure. Mais comme toute légende urbaine, les preuves évidentes de sa réalité manquaient. Néanmoins, par hasard, j’ai eu sous les yeux il y a deux ans le récapitulatif de rémunération annuelle d’un collègue en mi-temps annualisé (qui avait fait cours la moitié de l’année et était parti vers d’autres cieux le reste de l’année). Sa rémunération était établie sur la base de cinq mois de travail et non pas six. Ce qui laisse supposer qu’il y a bien une rémunération sur dix mois, étalée sur douze mois.

Visiblement, donc, aucun texte ne le mentionne. Mais si l’éducation nationale réalise ses calculs sur cette base, que penser ?

Notez au passage que cela n’arrangerait personne : ni les profs qui devraient reconnaître qu’ils ne sont pas si mal payés ; ni ceux qui considèrent qu’ils ne bossent pas assez, qui seraient bien obligés de constater que les enseignants sont soumis à deux mois de chômage technique annuellement que leurs critiques assimilent à des survacances…