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Du foot, du foot, du foot Ă  75%
Stéphane Ménia samedi 3 mars 2012 22:42 EcoBlabla # 1917 rss PDF

Suite aux inquiĂ©tudes manifestĂ©es par le milieu du football (et par David Douillet aussi ; mais bon...), Claude Onesta, sĂ©lectionneur de l'Ă©quipe de France de Hand donne son avis sur l'impact sur le foot professionnel français de la proposition de fixer le taux marginal maximal de l'impĂ´t sur le revenu Ă  75%. Ce qui en est retenu par beaucoup me semble rendre bien peu justice Ă  l'intelligence d'Onesta. Quelques extraits citĂ©s par les uns et les autres reprennent le cĂ´tĂ© citoyen, solidaire, etc. Bon, ok, pourquoi pas ? Quand on lui parle, par exemple, du foot espagnol, il rĂ©pond "D’accord, mais vous trouvez normal de payer des joueurs des sommes pareilles dans un pays dont 24% de la population active est au chĂ´mage ? Un champion ne vit pas dans une bulle. Il est dans la citĂ©". Quand on Ă©voque les tennismen et l'exil fiscal, il coupe : "Pas de soucis. On ne reste pas dans un pays parce qu’il vous permet de protĂ©ger le trĂ©sor mais parce qu’on y a des amis, qu’on partage des valeurs avec ceux qui y habitent. Donc, qu’ils s’en aillent.". Certes. Mais, sans qu'un tel point de vue ne soit pas respectable, discutable, dĂ©fendable ou autre, ça n'a rien d'exceptionnel, ma foi.

En revanche, on trouve dans cet entretien, des Ă©lĂ©ments beaucoup plus fins (au moins pour un sportif). Sur la compĂ©titivitĂ© des Ă©quipes françaises en Ligue des champions : "Mais cela fait des annĂ©es que les clubs ne sont plus compĂ©titifs en Ligue des champions ! Au lieu de se faire Ă©liminer en quarts de finale, ils se feront peut-ĂŞtre Ă©liminer en huitièmes, pour ce que ça change… Après, cela ne tuera pas le foot. Vous aurez toujours un championnat de Ligue 1, un premier, un dernier, de bonnes audiences tĂ©lĂ©s…".
Sur le premier argument, il est clair qu'une Ă©quipe de Ligue 1 n'est plus bâtie depuis longtemps pour gagner la LDC. Reste que les clubs français y participent et ceci attirera toujours des joueurs en quĂŞte de renommĂ©e. Ceci favorisera toujours l'Ă©closion de talents dans le foot français, la ligue 1 jouant le rĂ´le d'une antichambre de bon niveau pour la gloire et les gros salaires. De ce point de vue, le marchĂ© europĂ©en du foot demeure un marchĂ© de concurrence monopolistique (en quelque sorte ; le terme n'est pas totalement appropriĂ©, en fait pour les joueurs) : que ce soit du cĂ´tĂ© de l'offre de travail des joueurs ou du cĂ´tĂ© de la demande de foot des spectateurs, l'Ă©lasticitĂ© aux salaires ou au niveau de spectacle est limitĂ©e. De jeunes joueurs, tout comme de plus vieux, auront toujours intĂ©rĂŞt Ă  jouer en France. Et du cĂ´tĂ© des spectateurs, fantasmer sur les clasicos espagnols (Real Madrid - Barcelone), c'est bien, mais l'esprit de clocher et la proximitĂ© d'un Lyon-Montpellier susciteront toujours de l'intĂ©rĂŞt (j'ai fait exprès de ne pas retenir une affiche plus traditionnelle). Onesta a raison, il y aura toujours un premier, toujours un dernier et toujours des types dans des bars pour commenter les notes de l’Équipe le lundi matin. Après tout, les Anglais causent aussi des Stoke City - Sunderland. Peut-ĂŞtre mĂŞme plus que nous des Dijon-Valenciennes.

L'autre point intĂ©ressant concerne les stars. Ecoutons Claude Onesta : "Je vais vous dire : la star gagnera la mĂŞme chose quel que soit le taux d’imposition. C’est le gĂ©nie de l’exception : Madonna, Picasso, Messi. Elle apporte la lumière. On ne peut pas faire sans elle. Et une star nĂ©gocie en net. Le salaire brut, cela regarde le club. Qui ajustera sa politique salariale au dĂ©triment des joueurs moyens : ce sont eux qui seraient impactĂ©s. Disons qu’un mec Ă  100 000 euros par mois n’en gagnerait plus que 80 000.". En effet. IL n'y aura pas moins de stars dans le foot français (il n'y en a dĂ©jĂ  quasiment pas). Les clubs qui voudront s'en offrir s'en offriront comme maintenant. Ni plus, ni moins. Les perdants seront les Gignac, Luyindula, Ben Arfa et autres Ă©toiles filantes. Mieux, on peut espĂ©rer que ces joueurs lĂ  feront un effort sur plus de deux saisons quand ils signeront des contrats de 5 ou 6 ans Ă  des salaires dĂ©sormais plus en rapport avec leurs Ă©tats de service dans la durĂ©e. En revanche, qu'un Lionel Messi ou un Cristiano Ronaldo soient toujours autant payĂ©s, on peut toujours y trouver Ă  redire. Mais, eux au moins produisent quelque chose de diffĂ©rent et de remarquable dans leur domaine. Il y aura toujours des gens pour payer pour cela.

Ce phénomène des superstars est bien connu des économistes (on peut citer Sherwin Rosen et son article de 1981 ainsi que Alan Krueger). Dans un marché mondialisé des talents, les superstars récupéreraient l'essentiel des revenus, laissant des miettes aux autres. De façon presque surprenante, une fiscalité plus lourde pourrait accentuer le phénomène. Et, entre nous soit dit, ce ne serait pas forcément un mal dans le cas du foot français.



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Commentaires

1. Gizmo dimanche 4 mars 2012 09:56

L'interview d'Onesta est un concentré d'intelligence. Quand je lis (ici : www.leparisien.fr/electio... ) "Avec une rémunération de 100 000 euros brut par mois, Christophe Jallet est l’un des joueurs parisiens les moins bien payés.", je me dis qu'effectivement, je n'aurai aucune objection à ce qu'il parte en Espagne, ou vers n'importe quel eldorado fiscal, pour y "apporter sa lumière".


2. Merlin dimanche 4 mars 2012 10:35

La remarque sur les Stars s'applique de manière plus générale.
Les vrais riches, ceux qui gagnent plus de 1m€ par an, qui ont un patrimoine de plus de 20 ou 30m€ peuvent toujours échapper a la taxation qui leur déplaît.

Ceux qui dégustent ne sont pas ceux a 1m€ par an, mais ceux a 150-200k€. En cas de besoin, vous pouvez même diviser par 2.

Le problème n'est pas tant la taxation que le coté "clivant" et stupide de ce genre de mesure. Si on veut un système social coûteux, alors soyons logique. Faisons comme les Danois ou 40% des contribuables payent le taux maximal dans un système avec peu de tranches. Mais je doute que la logique et l'efficacité soient très poupulaires dans ce pays.

PS: Onesta devrait lire Alesina & Glaeser. Partager les valeurs avec ceux qui y habitent c'ets bien, mais sont ce les valeurs d'Onesta?


3. serenis cornelius dimanche 4 mars 2012 13:55

Subtil Onesta. Notamment son argument qui démarque les vrais grand joueurs des autres. Pas langue de bois non plus. Pas étonnant alors qu'avec un tel entraîneur l'équipe de France de hand soit la meilleure du Monde.


4. Xavier lundi 5 mars 2012 11:31

Ce qui est interessant avec l'exemple du football à propos de l'imposition, c'est qu'on a justement un papier de Saez et Landais à ce sujet qui permet d'éclairer le sujet.
www.econ.berkeley.edu/~sa...


5. Yoyo481 lundi 5 mars 2012 15:04

On parle des revenus des joueurs, de leur taxation, mais assez peu du modèle économique du football, qui est financé de plus en plus par des rentiers (essentiellement venu de la rente pétrolière, quataris et autres oligarques russes). Et ceci de manière direct, j'achète un club, ou de manière indirect, j'achète les droits de retransmission, je revend mes joueurs aux clubs riches. Du coup je ne vois aucun argument valable, in fine, pour inciter, protéger ces folles rémunérations.


6. Une heure de peine lundi 5 mars 2012 17:47

Je n'y connais rien en foot, mais j'ai vu l'excellent Moneyball/Le Stratège au cinéma il n'y a pas longtemps : l'histoire apparemment vraie d'une équipe de baseball qui, faute de pouvoir se payer les meilleurs, ré-invente une façon de jouer plus efficace... Après tout, si le foot français ne peut plus se payer des "stars" qui bénéficient beaucoup des effets "concours de beauté", cela l'obligera peut-être à innover ?


7. Andouillette AAA lundi 5 mars 2012 19:25

Je souscris tout à fait à la remarque de Yoyo sur la composante rentière/aristocratique du modèle : il y aurait peut-être qqch à creuser du côté de l'entretien des clubs de foot comme des danseuses d'autrefois (je n'ai pas dit demi-mondaines). Une forme de trophy-wife (cette fois je l'ai dit) qui ne peut avoir de prix, car en elle ceux qui ont tout achètent une transcendance...

Et si l'on était un brin provocateur (ce que l'on n'est évidemment pas), on pourrait objecter aux tifosi que la surenchère des salaires peut avoir un effet néfaste sur le foot lui-même :

blogs.lesechos.fr/echossp...


8. tamraf mardi 6 mars 2012 08:19

@Merlin
En Belgique aussi, tous ceux qui travaillent pour un peu plus que le salaire minimum sont taxes a 45%+additionnels (~50%) et au salaire moyen, le taux est de 50% (~55% reel)
Il n'y a pas de tranches superieures et tres peu de "niches fiscales"

Meme un chomeur isole au minimum paie environ 10% d'impots (taux moyen).

En tant que Belge, je trouve assez bizarre que tant de Francais ne paient pas d'impot.
Mais je ne trouve pas le systeme Belge "ideal" non plus, loin de la.


9. Stephane mercredi 7 mars 2012 13:46

'En tant que Belge, je trouve assez bizarre que tant de Francais ne paient pas d'impot.'
En tant que francais je trouve assez bizarre qu'on puisse penser que les taxes diverses et variees sur les produits de premiere necessite absolue, les assurances obligatoires, la CSG etc etc etc ne soient pas consideres comme un 'impot'


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